L’auteur de cette lettre est d’avis que la salle Thompson est d’un autre âge.

Les coûteuses rénos de la salle J.-Antonio-Thompson...

OPINIONS / Ainsi la rénovation de la salle J.-Antonio-Thompson vient-elle d’être annoncée pour une énième fois et sera l’objet d’un concours… Une sorte de «facelift», quoi! Une chirurgie esthétique destinée à lui corriger «des ans l’irréparable outrage».

Construite en 1927, et connue sous le nom Théâtre Capitol jusqu’en 1979, cette salle est en réalité une salle de spectacles conçue pour le vaudeville, le théâtre et le cinéma. On peut y entasser comme des sardines environ 1037 personnes, parterre et balcon: décor antique et opulent avec boursouflures, rococo, angelots et compagnie.

Un facelift de 30 millions $, ce n’est quand même pas donné!

Disons-le d’entrée de jeu, cette salle est d’un autre âge, on fait aujourd’hui plus simple et dans le plus efficace.

Va pour le cinéma, le spectacle, le théâtre, mais pour la musique, on repassera! C’est une salle morte, comme on dit dans le jargon. La réverbération minimale y est très déficiente, voire inexistante, celle qu’on juge nécessaire à la propagation généreuse, satisfaisante et équilibrée du son.

On peut certes tenter de suppléer à ce type de disette en plaçant par-ci par-là des éléments réverbérants conçus pour y remédier, mais ça sonne tout de même compressé, comprimé, les plans sonores étant conséquemment compactés pour tenter de faire apprécier un équilibre impossible à atteindre.

Vous aurez beau inviter les meilleurs interprètes au monde, les ensembles les plus réputés, cela n’y fera rien: c’est un peu comme inviter Van Gogh chez vous et lui demander de faire de la peinture à numéros!

De fait, ce n’est pas la soupe qui n’est pas bonne, c’est le chaudron dans lequel on la prépare. On peut douter qu’une couche de platine, de téflon ou céramique viendra le rehausser de manière satisfaisante. Tant qu’on mange chez McDo, le goût peut difficilement évoluer et finit par s’affadir.

Je songe à cette Sea Symphony que présentait récemment l’Orchestre symphonique, dans des conditions qu’on nommera périlleuses, à bon escient.

Instrumentistes, solistes, choristes ont été appelés en grand nombre à unir leurs forces pour interpréter cette œuvre grandiose dans une atmosphère étouffante, un cadre beaucoup trop exigu pour rendre justice à cette musique qui exige de l’air, de l’espace, du souffle, un milieu réverbérant dynamique étant essentiel si l’on veut favoriser une bonne qualité d’écoute.

Devant un auditoire de 800 personnes, 175 (!) musiciens, deux solistes chevronnés et un chœur de 94 voix se sont donnés corps et âme dans cette odyssée marine menée par un jeune chef enthousiaste. Pas un pouce de la scène n’était inoccupé, autant en espace qu’en émotion. Trop de monde sur la plage, aurait-on pu dire. Il est bien évident que si on avait voulu faire tendance pour l’occasion et ajouter quelques éléments de décor, on aurait manqué de place pour les baleines!

Vivement une salle vraiment professionnelle!

On est passé aujourd’hui à d’autres standards. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller entendre un concert avec orchestre et chœur dans une salle réellement conçue pour la musique, là où on a porté attention à la diffusion acoustique optimale. Étonnamment, les salles de ce genre ont été construites avec des budgets raisonnables, en mettant de côté le clinquant et le superflu, en associant aux lois de l’acoustique architecturale les techniques et les technologies éprouvées.

Citons entre autres deux excellentes réalisations: le Palais Montcalm à Québec et sa magnifique salle de concert Raoul-Jobin, salle de type aire ouverte, sans cadre de scène ni habillage permanent, ainsi que la salle de concert du Domaine Forget et son acoustique exceptionnelle.

On se bouscule à Thompson! La salle aura toujours son utilité et ne sera pas moins fréquentée pour autant. Il est grand temps de songer à doter la ville d’une autre salle offrant une diffusion acoustique optimale, compte tenu du nombre, de la grande qualité des interprètes et ensembles musicaux professionnels qui s’y produisent.

Le fait est qu’à Trois-Rivières aussi à ce titre, on prend du galon!

Les subventions existent aux niveaux provincial et fédéral, autant en profiter pour exiger qu’une ville-centre comme la nôtre puisse enfin profiter d’une salle de haut calibre.

Sinon, veut-on vraiment s’engager à devoir ronger localement notre frein pendant une autre période de 40 ans avant d’avoir accès à ce type de salle, alors qu’à peine à une heure de route vers l’est ou l’ouest, on nous propose d’entendre dans des conditions optimales les œuvres du répertoire soliste, chambriste ou symphonique?

Avantages? Bien sûr. C’est plus facile de concevoir un nouveau projet avec modestie et respect des règles de l’art que d’ajouter une couche de plâtre à une salle surannée, d’une époque révolue, tout en espérant atteindre «…encor cet éclat emprunté, dont elle eut soin de peindre et d’orner son visage, pour réparer des ans l’irréparable outrage» (Racine).

Songez-y... Il y a tout de même dans le décor trifluvien un nouveau Colisée de 60 millions $. À Trois-Rivières, on aime bien se péter les bretelles pour le sport. Ne le ferait-on pas pour la culture?

Claude Parenteau

Trois-Rivières