La crise qui secoue présentement l’Église catholique devrait provoquer une réflexion profonde sur son avenir et sur ses façons de faire.

Les colonnes du temple sont secouées mais des porteurs de flambeaux s’élèvent!

OPINIONS / Des films documentaires tels que Quand les pouvoirs s’en mêlent, des livres tels que Sodoma et de nombreux articles parus dans les médias révèlent au grand jour la pédophilie, les viols, l’opulence et l’hypocrisie à l’intérieur des murs de l’institution qu’est l’Église catholique. Comme dans la société, le bien et le mal existent, mais on attendait du clergé des modèles à suivre!

Le mariage des prêtres est souhaitable, quoi de plus normal que d’avoir une compagne dans sa vie! Ce sont avant tout des hommes! Les prêtres font promesse de célibat mais ne font le vœu de chasteté, comme le font les religieux. Certes, cela ne règlera pas la pédophilie, mais cette ouverture répondrait aux demandes que font depuis plus de vingt ans les conjointes de prêtres qui se sont regroupées en association, ici au Québec sous le nom de «Oasis Plein cœur», de «Oasis Plein jour» en France et de «Zofra» en Suisse.

On quitte les églises à pleine porte ainsi que la pratique religieuse. Les âmes pieuses s’affolent, alors qu’en réalité, nombreux sont ceux, parmi ces gens qui ont quitté l’Église, qui portent le flambeau humaniste en dehors des institutions dogmatiques et doctrinales et s’engagent dans des voies de sagesse, de devoirs et de responsabilités pour un monde meilleur.

Le pape lui-même s’est dit prêt à laisser tomber les dogmes et la doctrine pour ne garder que les valeurs évangéliques du christianisme. Va-t-on l’accuser lui aussi de jeter le bébé avec l’eau du bain? Mathieu Bock-Côté, pour qui j’ai beaucoup d’estime, dans le Journal de Montréal du 13 mars, déplore qu’il n’y aurait plus de rituels – baptêmes, mariages, funérailles – pour marquer les étapes importantes de la vie. Or, ces rituels archaïques peuvent être remplacés par des rites laïques signifiants et tout aussi imprégnés de dignité, comme le fait l’Association des Humanistes.

Faut-il se désoler ou plutôt ouvrir les yeux et se tourner vers les flambeaux ignorés qui se lèvent de plus en plus? Je pense à l’abbé Pierre, un révolutionnaire qui a quitté l’institution pour être dans la rue au service des pauvres. Et plus près de nous au prêtre montréalais que l’on appelait Pops qui distribuait dans sa roulotte de la nourriture aux délaissés de la société. Et ici même à Trois-Rivières Sylvie Tardif, qui œuvre pour les plus démunis. Je pense aux tablées populaires, à tout le bénévolat qui se fait dans le domaine de la culture et des services sociaux. Oui, il existe de ces œuvres profanes et salvatrices dont on ignore tout ou que nous voyons peu parce qu’elles ne se font pas sous la bannière catholique.

Il y a aussi le Mouvement laïque québécois, encore trop peu connu, qui milite pour une laïcité qui unit et travaille à un mieux vivre ensemble. Malheureusement, la majorité des gens au Québec ont une conception fausse de la laïcité. La laïcité n’est pas contre la religion pas plus qu’elle n’est pour l’athéisme. Elle assure la liberté de conscience pour tous. D’ailleurs, les membres de ce mouvement ont été invités par la Société Saint-Jean-Baptiste à donner une conférence le 19 mars prochain afin de répondre aux questions que bien des gens se posent face à la laïcité que veut nous proposer le premier ministre François Legault.

Ceci ne nous empêche pas d’avoir une reconnaissance envers les religieux et les religieuses, qui nous ont laissé des œuvres remarquables bâties par une générosité sans bornes!

Jésus lui-même voulait faire tomber les colonnes du temple. Si elles tombent, pourquoi s’affoler?

Andréa Richard, écrivaine

Trois-Rivières