La pandémie a permis aux parents de partager du temps de qualité avec leurs enfants, ce qui fait certes partie des «petites choses» du quotidien qu’on doit apprécier, comme le suggère l’auteur de cette lettre..
La pandémie a permis aux parents de partager du temps de qualité avec leurs enfants, ce qui fait certes partie des «petites choses» du quotidien qu’on doit apprécier, comme le suggère l’auteur de cette lettre..

Les choses invisibles

OPINIONS / L’auteur, Frankie Bernèche, est professeur de psychologie au Cégep de Saint-Jean-sur-Richelieu. Il habite à Saint-Mathieu-du-Parc.

Tant qu’un vaccin ne sera pas trouvé, le confinement de la population sera une réalité. Pour plusieurs ce confinement est très difficile à assumer. Mais pour certains, le confinement et la peur d’être infectés par ce virus mortel ne sont pas si négatifs. En fait, les personnes qui vont le plus profiter de cette obligation de cantonnement seront celles qui réaliseront l’importance de l’introspection, celles qui se seront posé des questions profondes sur le vrai sens de la vie.

Avez-vous remarqué à quel point notre vie était affectée par les événements concrets, tangibles et observables? Plusieurs souffrent de l’isolement étant donné qu’ils sont privés de ces événements concrets de vie (ex.: aller au resto, voir telle personne, faire telles activités, etc.). Nous sommes constamment sollicités par des événements externes qui donnent un sens à notre vie et qui tempèrent nos états de bien-être. Or, lorsque nous remettons notre bien-être entre les mains de ces événements tangibles, nous ne faisons que nous fragiliser et nous insécuriser. Car nos possessions matérielles et nos habitudes de vie concrètes sont elles-mêmes instables, temporaires et imprévisibles.

À l’inverse, les personnes qui ont l’habitude de s’ouvrir à l’importance de la réalité cachée, immatérielle, celle qui est invisible à l’œil nu, réalisent que la vie ne tient qu’à un fil et qu’elle est précieuse. Ils comprennent l’importance de profiter de ce qu’ils possèdent déjà, de se complaire dans les «petites choses» du quotidien, de vivre des moments heureux, loin des conflits et des disputes de compétitivité. Ils comprennent aussi l’importance de faire vivre des moments heureux à ceux qu’ils côtoient. Voilà pour eux, le vrai sens de la vie. En fait, ces personnes ont compris que tout ce qui rend heureux est loin d’être matériel. Ce qui rend heureux est invisible pour les yeux. Et c’est pour cela que nous avons tant à apprendre de ces gens qui ressentent le vrai bonheur.

Les événements marquants de notre vie ne sont pas liés à des objets, ni même à des situations concrètes que nous avons vécues, mais bien aux émotions qui s’y rattachent. En ce sens, tous nos objets, toutes nos possessions, toutes nos expériences ont une valeur affective qui est propre à chacun. Pour vous, posséder une Mercedes peut activer un sentiment de bien-être associé votre réussite et votre valeur personnelle. Tandis que pour d’autres, ce même objet a une consonance plutôt négative associée à un sentiment d’injustice et d’iniquité sociales. Or, notre vie est entièrement constituée de ces valeurs affectives que nous portons en nous depuis notre enfance. Notre vie est composée de ces «choses invisibles et immatérielles» et nous avons avantage à réaliser que notre monde immatériel est en soi tout ce qui est important.

C’est pourquoi il faut apprendre à rêver en ces temps de confinement. Il faut apprendre à se projeter dans le temps et l’espace pour faire rejaillir en nous des émotions rattachées à des moments heureux et ainsi contaminer tous ceux qui nous accompagnent. Plus nous nous sentons confinés dans notre espace personnel, plus nous ressentons un soulagement par notre imaginaire qui alimente notre créativité.

Nous avons donc avantage à mieux comprendre cet univers caché en nous. Cet univers inconscient régulé par nos émotions qui est la source principale de notre bien-être. Ainsi, cette période de confinement sera salutaire et favorisera notre épanouissement bien au-delà de la période de confinement.