Les chaises d’Ionesco

L’auteur, Bryan Perreault, est directeur général de Culture Shawinigan. Il réagit ici à la lettre de Mme Claudine Spooner intitulée «La loi de la chaise», publiée dans notre édition du 17 juillet.

Chère Madame Spooner,

Dans la pièce Les chaises d’Eugène Ionesco, les protagonistes entassent de façon absurde des chaises vides jusqu’à ce que la scène en soit totalement encombrée, jusqu’à ce que les invités invisibles des acteurs investissent totalement le lieu. Heureusement, à Shawinigan, lors des grandes soirées, nos chaises ne sont pas vides! Au contraire, bien qu’elles s’entassent, elles y contiennent nos gens, notre public. Ce qui, je dois vous l’avouer, me remplit de joie et de fierté!

Ce plan montre la nouvelle configuration proposée par Culture Shawinigan afin d'accommoder tous ceux qui veulent participer aux événements d'«Un été signé Shawinigan».

Culture Shawinigan fonctionne à plein régime et parfois, bien modestement, nous sommes victimes de nos succès. D’une moyenne de 500 personnes par soir, les vendredis, sur la place du vieux marché, nous sommes passés à 2000 spectateurs de moyenne et dans le cas du spectacle de l’extraordinaire Dan Bigras, plus de 3000 participants. Avions-nous vu venir ce tsunami de chaises pliantes déferler devant notre scène? Non! La gestion de la croissance est un défi motivant qui pose des problèmes heureux à corriger. Nous devons maintenant penser sécurité, confort et accessibilité! Voilà pourquoi, déjà sur notre page Facebook, vous trouverez la nouvelle configuration proposée par Culture Shawinigan afin d’accommoder tout le monde. Bientôt, on me parlera de la structure de béton qui cache la scène et diminue de façon dramatique la qualité du son… Je sais. J’y travaille activement avec les élus de notre ville qui, eux aussi, ont bien conscience du problème.

Pour revenir à la pièce d’Ionesco, les personnages imaginaires qui s’entassent sur les chaises sont parfois grossiers, impatients, impolis et même intolérants. Certains clament haut et fort qu’ils ont des droits, mais en oublient la responsabilité qu’ils ont aussi envers leurs semblables. Car toutes ces personnalités ont le droit à une agréable soirée, qu’ils soient debout ou dans une chaise. Ici, Culture Shawinigan ne peut pas réécrire la pièce d’Ionesco et nous devons vivre avec ces créatures, tout en essayant, calmement, de les éduquer aux bonnes pratiques du vivre ensemble. Rendre la culture accessible à tous comporte des risques, mais nous avons foi en la courtoisie pour vaincre la misère intellectuelle et en la patience contre la violence verbale. Bien sûr, je ne parle pas ici de nos concitoyens, mais bien de personnages de fiction… vous l’aurez compris, n’est-ce pas?

En terminant, merci de participer aux événements d’«Un été signé Shawinigan» et de célébrer avec nous la culture dans toutes ces formes. N’hésitez jamais, lorsque survient un problème dans l’une de nos activités, à communiquer directement avec moi à Culture Shawinigan. Comme vous avez pu le constater, je réponds à mes courriels même à 22 h 30 et notre brillante équipe est là pour servir sa population et notre culture.