Les anges de la rue

OPINIONS / Lettre ouverte au premier ministre du Québec, Monsieur François Legault.

Monsieur le premier ministre,

Mon nom est Claude Mercier et je suis propriétaire d’un permis de taxi depuis déjà une vingtaine d’années et je tiens à partager avec vous le quotidien d’un chauffeur de taxi en temps de pandémie. Le transport de personnes par taxi est selon toute vraisemblance un service essentiel et je suis fier d’effectuer mon travail. Ce n’est pas facile pour les chauffeurs d’offrir un transport sécuritaire pour les passagers et pour le chauffeur. C’est avec la peur au ventre que nous travaillons.

Certains ont abandonné leur travail pour toutes sortes de raisons: médicales, conditions personnelles, d’autres ont été inventifs en créant un écran protecteur entre la partie avant et arrière du véhicule afin de se protéger tant bien que mal. Il faut dire qu’un habitacle de voiture c’est assez étanche alors nous nous retrouvons avec des passagers qui peuvent être asymptomatiques non testés, certains ont les symptômes et vont à l’hôpital. Pour d’autres c’est l’épicerie, pour aller travailler, chose certaine, nous nous devons d’offrir ce service à la population québécoise.

Comme vous le savez, les Uber et Lyft de ce monde ont plié bagage le temps que la tempête passe et les chauffeurs de ces applications sont bien contents de ne pas s’exposer à la menace tout en recevant la PCU du gouvernement canadien. Mais nous, nous sommes là, mais pour combien de temps encore?

Le projet de loi 17 adopté l’automne dernier me prive de mon entreprise, m’enlève mes droits de propriété de mon permis de taxi. On m’exproprie sans raison valable et surtout sans intérêt public. Vous nous demandez d’acheter local, de se serrer les coudes et en même temps d’accepter d’être dépossédés, et ce, tout en laissant entrer des géants américains qui vont engranger des profits qui vont s’envoler du Québec.

Si cette loi est mise en application à l’automne prochain, des milliers de Québécois vont quitter l’industrie du taxi, seuls les géants survivront. Le facteur de rétention qui tenait les propriétaires de taxis du Québec à l’industrie était aussi la valeur de leur propriété, leur fonds de pension. Tout cela n’existera plus et c’est la mort dans l’âme que j’appréhende ce moment.

Qu’arrivera-t-il, M. Legault, quand l’industrie sera détruite? Qui fera le transport de personnes quand les temps seront durs comme ils le sont actuellement? Cette loi détruit une industrie qui offre des services de transport à la population dans un cadre strict contrôlé par l’État, à un prix fixé par l’État.

Les anges de la rue, ce sont aussi vos chauffeurs de taxi, M. Legault, mais ces anges, vous allez les exterminer à l’automne prochain. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, comme disait mon père, «y’a juste les fous qui changent pas d’idée». Je sais que la pâte à dentifrice ne peut pas rentrer dans le tube un coup sortie, mais il vaut mieux à mon humble avis perdre un peu de pâte à dents que de voir le tube disparaître.

Ne tuez pas les anges de la rue, M. Legault!

Claude Mercier

Trois-Rivières