Le gouvernement libéral de Philippe Couillard, par la voix du ministre des Finances Carlos Leitão, a annoncé récemment des baisses d’impôt équivalant à 278 $ par contribuable. Les signataires de cette lettre ont choisi de remettre ce montant à des organismes communautaires, qui ont été durement frappés par les mesures d’austérité qui ont précédé les fameuses baisses d’impôts.

Les 278 $, nous les remettrons

Les 278 $, nous les remettrons. Ce cadeau de Noël préélectoral que le gouvernement du Québec vient de déposer sous notre sapin, après l’avoir préalablement pris à même les poches des moins nantis, c’est au milieu communautaire que nous le rendrons. L’argent récolté sur le dos de l’austérité – ou de la rigueur budgétaire, c’est selon – ne nous appartient pas, mais appartient plutôt à celles et à ceux qui en ont été privés depuis trois ans.

Trois ans de vache maigre. Depuis trois ans, impuissants, nous avons tous vu les subventions être réduites comme une peau de chagrin. Depuis trois ans, le gouvernement du Québec engrange les profits. Sur le dos de qui? Des plus nécessiteux. Sur le dos de la justice sociale. Toujours. Et voilà qu’on nous remet 1 milliard $ en retour d’impôts! Un milliard sauvagement acquis en sabrant à l’aveugle dans les rangs des services publics et des organismes communautaires. Combien nos services privés nous coûteront-ils, collectivement après le passage de cette Faucheuse?

Non. Les 278$, nous les remettrons. Chacun d’entre nous transformera ce cadeau immoral en bienfaits. Pour qui? Pour ces maisons de jeunes qui doivent fermer leurs portes faute de pouvoir embaucher un animateur. Pour ces centres d’alphabétisation placés sur le respirateur artificiel. Pour ces maisons d’hébergement devant lesquels plus de 6000 femmes violentées se butent le nez, annuellement, faute de places pour les accueillir. Pour les points de chute d’aide alimentaire qui, année après année, enregistrent une augmentation alarmante des demandes de soutien (34 % depuis 2008) et dont dépendent plus de 150 000 enfants. Pour nous tous, Québécoises et Québécois, qui verront l’offre de nos services sociaux diminuer vicieusement au profit d’une privatisation.

Non. Les 278$ offerts par le gouvernement du Québec, nous les remettrons. Argent sonnant. À celles et à ceux qui suent sang et eau pour boucher tant bien que mal les trous béants déchirés dans le filet social québécois. À celles et à ceux qui acceptent de vivre sous le seuil de la pauvreté pour soutenir celles et ceux qui sont obligés de vivre sous le seuil de la pauvreté. Les 278 $, nous les retournerons au milieu communautaire de notre région, première victime des politiques d’austérité. Ces 278 $, ils ne nous appartiennent pas. Pas plus qu’ils n’appartiennent au gouvernement qui se targue pourtant de pouvoir en faire cadeau.

L’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques estime que, depuis 2014, les mesures d’austérité mises en place par le gouvernement actuel équivalent à des compressions de l’ordre de 4 milliards $. Après avoir coupé dans les programmes sociaux, on remplit les poches des contribuables dans l’espoir de gagner la sympathie individuelle, même au détriment de la justice sociale. Ça ne prend pas.

Oui, nos 278 $, nous les remettrons. Une somme dérisoire en regard des 475 millions $ – 13 millions $ seulement en Mauricie – réclamés par les 4000 organismes communautaires autonomes du Québec. Dérisoire, certes, mais nécessaire. Nous sommes 25 signataires: ce sera toujours près de 7000 $ que le gouvernement du Québec n’aura pas volés aux uns pour les remettre aux autres. 

Ont signé, à titre de citoyennes et de citoyens:

Normand Baillargeon, philosophe

David Goudreault, écrivain et travailleur social

Félix-Antoine Désilets-Rousseau, professeur de littérature

Olivier Gamelin, professeur de littérature

Louis-Serge Gill, professeur de littérature et chercheur

Pierre-André Julien, professeur émérite

Dany Carpentier, conseiller municipal

Mariannick Mercure, conseillère municipale

Denis Roy, conseiller municipal

Michel Châteauneuf, écrivain

Daniel Landry, professeur de sociologie

David Boudreau, avocat

Steven Roy Cullen, directeur général de La Gazette de la Mauricie

André Poirier, citoyen

Monique Jacob, présidente de la Société d’étude et de conférences

Jean-Marc Lord, directeur général du Comité de Solidarité Trois-Rivières

Julie Verreault, citoyenne

Alain Gamelin, citoyen

Louise Bouchard, citoyenne

Daphné Sarrazin, enseignante au secondaire

Réal Boisvert, citoyen

Michel Volle, professeur retraité

François Landry, coordonnateur, TROC-Mauricie - Centre-du-Québec

Annabelle Caron, citoyenne

Geneviève Bergeron, professeure, chercheure au Laboratoire international sur l’inclusion sociale

Yanick Descheneaux, professeur en travail social

Alain Deneault, philosophe