L’erreur du siècle des États-Unis

OPINIONS / Le chef de la diplomatie états-unienne, Mike Pompeo, conclut que l’ouverture de l’ancien président Richard Nixon à l’endroit de la Chine en 1971 fut une erreur monumentale. 

Cela aura pris presque cinquante ans pour le réaliser. Sans cette normalisation historique, la Chine n’aurait pu mettre au point des «satellites tueurs» et lancer une sonde sur Mars, comme elle vient de le faire.

Aujourd’hui, l’empire du Milieu est la deuxième puissance économique du monde (bientôt, il dépassera les États-Unis). Jamais Nixon n’aurait pu imaginer qu’il profiterait autant en si peu de temps. L’un des objectifs du rapprochement était d’éloigner la Chine de l’URSS. Or, aujourd’hui, ces deux puissances sont plus proches qu’elles ne l’ont jamais été. En outre, la Chine est plus arrogante que jamais (pensons à ses menaces et représailles à l’endroit du Canada, en lien avec l’affaire Huawei).

Les États-Unis ont dépensé des milliards et des milliards de dollars au XXe siècle pour se débarrasser du communisme. Et on peut dire, en gros, qu’ils ont réussi. Le président Ronald Reagan, qui a sévi dans les années 1980, ne se vantait-il pas d’avoir mis à terre l’URSS en l’obligeant à consentir une part extravagante de son budget à l’armée (environ 60 %, à une certaine époque)?

Oui, les États-Unis ont réussi, mais ils se retrouvent aujourd’hui face à deux ennemis (la Russie et la Chine) beaucoup plus puissants depuis que le capitalisme y fleurit. Autant l’influence des premiers diminue dans le monde, autant celle des derniers augmente (pensons seulement à la présence de la Russie au Moyen-Orient et celle, grandissante, de la Chine en Afrique). Seul l’effondrement du communisme en Europe occidentale aura été profitable aux pays alliés.

Nous réaliserons peut-être un jour que cette lutte effrénée contre le communisme a constitué la plus grosse erreur des États-Unis au XXe siècle (Charles de Gaulle l’a peut-être pressenti, et c’est la raison pour laquelle il a fait sortir la France de l’OTAN en 1966). Pour tout arranger, la mondialisation a accéléré le changement climatique, enrichi un petit nombre de capitalistes, appauvri un grand nombre de travailleurs occidentaux et provoqué la malheureuse élection du président Donald Trump.

Je suis persuadé que les pays occidentaux donneraient cher aujourd’hui pour retrouver la Russie et la Chine de la belle époque, quand les Russes se déplaçaient en Lada et les Chinois en bicyclette.

Sylvio Le Blanc
Montréal