L’auteur de cette lettre offre sa propre analyse de la première année de Donald Trump à la tête des États-Unis.

L’effet Trump

En cette période de retour en arrière sur l’année qui vient de s’écouler, les médias nous offrent des rétrospectives et des analyses des événements marquants, mais où cela nous mènera-t-il?

La plus notable des tendances est l’accélération de la déchéance des États-Unis, qui sera peut-être accompagnée d’une amplification des revendications prolétaires. Cette déchéance, en marche depuis plus d’une décennie, est illustrée par la part déclinante de la richesse détenue par les É.-U. par rapport au reste du monde. D’ailleurs, de difficiles tractations ont déjà eu lieu pour modifier la gouvernance de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire international pour refléter le poids accru de la Chine, de la Corée du Sud et du Brésil par exemple. Même s’ils disposent toujours d’une supériorité militaire inégalée, les copains ont soudainement moins envie de jouer puisque Mr Trump ne se gêne pas pour écraser les orteils de chacun à tour de rôle. Des chefs d’État parmi les meilleurs alliés, comme l’Australie, le Royaume-Uni et l’Allemagne l’ont déjà sermonné à la suite des remarques intempestives ou un tweet dégainé plus vite que son ombre. Même le Canada semble résigné à laisser tomber l’ALENA plutôt que de se laisser acculer au mur et parapher un mauvais accord. Et tous se ruent vers des accords avec d’autres partenaires dont la pertinence s’est soudainement accrue.

Après un an en poste, l’ignorance de l’intimidateur en chef à propos des grands enjeux est claire mais bon nombre de ceux qui l’ont porté au pouvoir refusent de le voir (la honte les tuerait sans doute), le confortant à tweeter de plus belle. Il est néanmoins fidèle à sa base, qu’il a bien cernée durant la campagne électorale et à qui il répète ses messages populistes, protectionnistes et isolationnistes. Les politiques isolationnistes ont toujours eu un écho favorable auprès des Américains, notamment lors de l’entrée tardive des É.-U. dans les deux grandes guerres. Les colons du XIXe siècle étaient pour la plupart des immigrants européens très pauvres provenant du Royaume-Uni et d’Europe. Ces paysans affamés fuyaient l’Europe aristocrate ou les écarts de richesse étaient juxtaposés au quotidien. Leurs descendants n’étaient pas chauds à l’idée d’aller sauver ces riches dirigeants de leurs querelles sanglantes. Sauf que depuis ce temps, les É.-U. ont capitalisé sur leur puissance en imposant au monde leur vision et leur dollar. Il est donc plus difficile et surtout moins indiqué, aujourd’hui, de tourner le dos à ce monde qui a célébré l’omnipotence américaine.

Mais voilà, M. Trump harcèle le copain Mexicain pour qu’il paye le mur, fait pression sur le copain Canadien pour faire des gains dans l’ALENA, laisse tomber les copains du Pacifique et l’accord prévu pour contenir l’expansion chinoise et enfin fait plaisir au copain Israélien envers et contre les 300 millions de copains arabes dans une région ou l’équilibre précaire était diplomatiquement maintenu par la concertation de nombreux pays qu’il fout en l’air cavalièrement. Ses successeurs auront fort à faire pour recoller tous les morceaux et l’ensemble reconstitué sera plus faible.

L’autre tendance que j’ai mentionnée est l’augmentation des revendications prolétaires. Celles-ci ont déjà commencé à s’exprimer au cours des récentes années. On n’a qu’à penser au mouvement des indignés et à celui de «Idle no more» qui sont alimentés par les écarts de richesse qui se creusent, par les fuites du genre «Panama papers» et enfin par les politiques économiques mises en place récemment par le président Trump qui, bien qu’elles aient une incidence positive sur les marchés boursiers à court terme, seront très nuisibles à plus long terme parce qu’elles favorisent la très riche minorité aux dépens du reste.

Peut-être sommes-nous à l’aube d’une révolution qui cherchera à rééquilibrer le partage des richesses. La Révolution française de 1789 et le combat des suffragettes en Angleterre entre 1903 et 1928 ne se sont pas faits en quelques semaines. La montée de la droite et le refus du président Trump de la condamner ne font qu’ajouter de l’eau à ce torrent tumultueux. Peu importe comment tout ça va se jouer, l’influence états-unienne sur le monde sera réduite au profit d’autres nations qui, malheureusement, ne sont pas prêtes à prendre la relève.

Louis Fortin

Trois-Rivières