Depuis l’arrivée des réseaux sociaux dans notre quotidien, nous assistons au pullulement des théories du complot et l’éducation populaire issue du milieu communautaire permet, selon l’auteur de cette lettre, l’émergence d’une pensée critique saine chez les individus.
Depuis l’arrivée des réseaux sociaux dans notre quotidien, nous assistons au pullulement des théories du complot et l’éducation populaire issue du milieu communautaire permet, selon l’auteur de cette lettre, l’émergence d’une pensée critique saine chez les individus.

L’éducation populaire contre les théories du complot

OPINIONS / Au sein d’une société démocratique, il est normal et attendu que les personnes qui la composent aient le droit inaliénable de partager leurs pensées publiquement et dans les limites du respect d’autrui. La valeur fondamentale du droit à la libre expression de sa pensée, aussi critique soit-elle, constitue un point de repère majeur pour une grande partie des nations occidentales, le Québec n’y faisant pas exception.

Bien entendu, il ne suffit pas de partager sa pensée pour qu’elle soit nécessairement véridique et depuis l’arrivée des réseaux sociaux dans notre quotidien, nous assistons au pullulement des théories du complot (ou «complotisme») dans le discours populaire. À priori marginal, voire bénin, le phénomène du complotisme s’est récemment révélé être un facteur réel de chaos psychologique et social au cours de la crise pandémique qui nous frappe. Malheureusement, malgré le temps qui passe, ce phénomène ne montre aucun signe d’essoufflement… Dès lors, par-delà s’attaquer de front à chacune de ces innombrables «théories du complot», comment pouvons-nous réagir efficacement et collectivement en tant que société? L’éducation populaire, plus précisément l’éducation populaire autonome issue du milieu communautaire, apporte une part de réponse à cette question d’actualité.

Par éducation populaire autonome, nous entendons l’action concrète que posent les organismes communautaires lorsqu’ils entrent régulièrement en relation avec des milliers de personnes au Québec. Leur travail essentiel, aussi varié soit-il, ne se résume pas uniquement à la simple prestation de services, mais aussi au développement d’un sentiment d’appartenance et à l’émergence d’une pensée critique saine chez les individus. C’est en prenant conscience de l’environnement qui les entoure et en développant des moyens concrets pour transformer celui-ci que l’éducation populaire autonome offre une alternative aux personnes qui peuvent se sentir désemparées, aliénées et même totalement détachées de leur société. Par ce travail continuel, les organismes communautaires transmettent un «coffre à outils» psychologique et social qui devient de facto un facteur de protection contre les pires dérives des théories du complot. Pour ne donner qu’un exemple, une personne troublée par un événement international grave, tel qu’une pandémie, se trouve dotée – de par son interaction avec les pratiques d’éducation populaire autonome – d’une pensée plus profonde, plus mûre et moins susceptible d’être influencée par des arguments simplistes. Il va sans dire que l’impact positif ne se mesure pas uniquement dans la formation d’une pensée critique de meilleure qualité, mais aussi dans la prévention du radicalisme, de l’extrémisme et d’un clivage idéologique potentiellement malsain.

En somme, il ne faut pas avoir peur que les gens questionnent ou critiquent la société dans laquelle ils et elles évoluent, mais il faut leur donner les moyens nécessaires pour que cette critique soit développée et argumentée. Il sera peut-être impossible de se défaire totalement du phénomène des théories du complot, mais il est tout à fait imaginable de former les membres de notre communauté à être plus vigilants intellectuellement, entre autres, sur les réseaux sociaux. Afin d’atteindre cet objectif qui est à la portée de la société québécoise, la pratique de l’éducation populaire autonome développée par le milieu communautaire et non affiliée au réseau éducatif classique doit être reconnue pour son importante contribution. Dans le cas inverse, il est possible que la population du Québec se tourne de plus en plus vers des solutions simplistes à des problèmes complexes… avec pour triste résultat un affaiblissement de la cohésion sociale, une méfiance quasi généralisée des institutions et même un accroissement des risques de violence.

Marc Benoît, coordonnateur du Regroupement des organismes d’éducation populaire autonome de la Mauricie.