L’économie ou l’écologie?

OPINIONS / Lorsque Rachel L. Carson, biologiste, fit paraître son célèbre livre Printemps silencieux, en 1962, c’était pour alerter les autorités au danger sur l’environnement que représentait l’utilisation de toutes les gammes d’insecticides de par le monde. Presque 60 ans plus tard, il est facile de constater que cette experte n’a pas été écoutée; prophétesse de malheur, elle n’allait quand même pas empêcher l’industrie globale de tous les pays de prospérer à grande vitesse vers l’état actuel de notre poussière cosmique.

Le samedi 25 mai dernier, le citoyen Larry Saint-Pierre de Shawinigan nous a donné un beau témoignage de ce silence inquiétant dans le «Carrefour des lecteurs» du Nouvelliste. Il écrivait: «Assis sur ma galerie, j’entendais les oiseaux chanter le matin. Assis sur la même galerie, j’entendais les grillons et je voyais les mouches à feu le soir. Ça vibrait de vie. Maintenant, on n’entend plus rien. C’est le silence… C’est comme dans un film de fin du monde.»

Dans leur livre Comment tout peut s’effondrer (Pablo Servigne et Raphaël Stevens, 2015), les auteurs nous donnent froid dans le dos: «En mer, la situation est […] dramatique […]. En 2003, une étude estimait que 90 % de la biomasse des grands poissons avait disparu depuis le début de l’ère industrielle. […] ces chiffres […] sont aujourd’hui confirmés.

Même sort pour les oiseaux. La Nouvelle-Zélande a perdu la moitié de ses espèces d’oiseaux et en Europe, 52 % des populations d’oiseaux des champs ont disparu au cours des trois dernières décennies. Ce déclin rapide des populations d’oiseaux est accentué par la pollution aux insecticides […] utilisés en agriculture.»

Plus l’humain s’étend sur la planète, plus celle-ci se détériore. Y a-t-il un avenir pour le progrès? Ne sommes-nous pas collectivement en course vers la destruction et non l’amélioration? Malgré notre bonne volonté, ne faisons-nous pas fausse route?

Harvey Mead, acteur et leader de premier plan en environnement au Québec nous disait en 2017 qu’il est trop tard; il y a tout lieu de le penser, «sauf s’il y a un effort communautaire massif», nous lance M. Mead. C’est là, notre seule chance!

Le taux de CO2 a atteint 400 ppm le 9 mai 2013; il est toujours en croissance et se situe à 413 ppm en fin avril 2019. S’il atteint 500 ppm ou plus, la grande masse de la surface terrestre se transformera en désert et en brousse selon James Lovelock (à la page 74 de son ouvrage Comment tout peut s’effondrer): «Si de tels bouleversements se produisent, peu d’habitants parmi les milliards […] devraient survivre.»

De toute évidence, nous tergiversons depuis trop longtemps; cessons de rêver, sinon… adieu veau, vache, cochon, couvée (Jean de la Fontaine).

François Champoux

Trois-Rivières