Le voile: d’hier à aujourd’hui

OPINIONS / D’aussi loin qu’on remonte dans le temps, la première preuve du port du voile vient de l’Assyrie, région du vaste empire de Mésopotamie qui comprenait l’Irak et la Syrie. En 1077 av. J.C., une loi promulguée par le roi d’Assyrie réglemente le port du voile: les femmes mariées, les veuves, les filles de familles de haut rang le porteront quand elles vont dans la rue. Par contre, les prostituées et les femmes esclaves ne doivent pas se voiler sous peine de punition (tête rasée). Et c’est exactement la même situation que l’on retrouvera au temps de Mahomet, au VIIe siècle de notre ère. Cette coutume millénaire du voile réservé aux femmes de la haute société sera maintenue pendant très longtemps dans les pays arabes. Conclusion: le voile était un signe de statut social et n’avait aucune connotation religieuse.

Par ailleurs, dans le monde chrétien, saint Paul, dans la Première Épître aux Corinthiens, insiste sur la nécessité pour la femme de se couvrir la tête quand elle prie. Au cours des siècles, les femmes seront tenues de porter un chapeau, une mantille (dentelle) ou un foulard. Cependant avec Vatican II, les chrétiennes seront autorisées à entrer tête nue dans les églises (octobre 1964). Les religieuses, qui portaient un voile cachant ainsi leurs cheveux et le cou, ont adapté alors leur costume à l’esprit de l’époque de plus en plus laïque.

L’Islam se serait-il approprié le voile délaissé par les nonnes? Puisque son port n’était pas exigé il y a à peine 40 ans, alors que cette religion existe depuis quatorze siècles! Un terme jusque-là quasi inconnu de la majorité des musulmans a fait son apparition, en même temps que la montée des mouvements islamistes intégristes qui en étaient les promoteurs: le hidjab. Ce mot arabe signifie rideau, séparation, donc connote l’isolement.

Quand le Coran parle de la tenue vestimentaire des femmes, il utilise le terme arabe «Jalabeya» qui veut dire robe ou le mot «Khimar», sorte de mante ou écharpe que les femmes de l’époque jetaient sur leurs épaules quand elles sortaient, laissant souvent le haut de la poitrine à découvert. D’où la recommandation du Coran de rabattre les pans de leurs «khimars» sur leur buste pour cacher la naissance des seins. D’où vient ce glissement de sens entre «khimar», soit couvrir le décolleté, vers le mot «Hijab» qui oblige de cacher les cheveux et le cou et qui est incorrectement traduit par «voile»? La modestie dans l’habillement de la femme, telle que recommandée dans le Coran, a-t-elle été interprétée comme une obligation du port du voile? Il est clair que les savants de l’Islam ont donné une signification différente aux mots et se sont servis à tort du Coran pour mousser leurs propres convictions.

De peur que ce subterfuge embarrassant soit dénoncé, les islamistes se sont alors appuyés sur les «Haddits», soit les actes et paroles du prophète diffusées en dehors du Coran. On rapporte, par exemple, qu’Aïcha, troisième femme du prophète, racontait que sa sœur aînée Asmaa s’est présentée devant le Prophète alors qu’elle portait un vêtement léger. Le Prophète s’est alors détourné d’elle et a dit: «Ô Asmaa! Lorsque la femme atteint l’âge de la puberté, il convient que l’on voit d’elle que cela et cela» et il a désigné son visage et ses deux mains. Figure controversée par les Chiites, peut-on faire confiance à ces propos d’Aïcha? D’autant plus qu’on ne trouve aucune allusion dans le Coran, livre fondateur de l’Islam.

Alors d’où vient l’exigence du port du voile? De la position de la grande Institution de l’islam sunnite basée au Caire, l’Université d’Al Azhar, qui décide en 1979 de décréter le port du voile et d’en faire une prescription de la Charia, donc de la loi islamique. Presque en même temps, l’Ayatollah Khomeini impose à toutes les Iraniennes de se couvrir d’un voile. Donc qui peut parler de choix réel pour la femme? En Iran ou en Arabie saoudite, le port du voile est même obligatoire pour les étrangères résidentes, les touristes et les femmes arabes non musulmanes.

En somme, le voile des religieuses a été récupéré autant du côté des Salafistes sunnites en Arabie saoudite et en Égypte que du côté des Chiites en Iran, par une idéologie politique qui se cache derrière des prétentions religieuses. Et si la femme musulmane découvre l’enjeu politique de son voile, le regarderait-elle de la même façon? Elle comprendra que ce ne serait pas un sacrilège que de passer outre quoi que proclament les hommes… qui dirigent l’Islam!

Roger Greiss

Shawinigan