Le «végé» à la mode

L’auteur, Sylvain Charlebois, est doyen de la Faculté en Management et professeur en Distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.

Un nombre infini d’options végétariennes et végétaliennes s’offrent à nous depuis quelque temps. Incroyable. La poudre de grillons offerte chez Loblaw, le hamburger sans viande que McDonald’s s’intéresse à produire, tandis que la recherche pour le développement d’une viande artificielle ne cesse d’impressionner. Bref, on se demande si le monde n’est pas en train de devenir végétarien.

Selon un récent sondage effectué par l’Université Dalhousie, le nombre de Canadiens qui se déclarent végétariens ou même végétaliens semble augmenter, et les tendances alimentaires perçues sur le marché le confirment. En 2002, le Canada comptait environ 900 000 végétariens. Maintenant, nous estimons que le Canada compte près de 3 millions de végétariens, et les choses tendent à se compliquer.

Selon les résultats du sondage, 32 % des Canadiens disent suivre un régime alimentaire particulier. C’est énorme. D’abord, 7,1 % des Canadiens se considèrent végétariens et 2,3 % végétaliens. Ces chiffres ressemblent beaucoup à ceux d’autres sondages du même type effectués par le passé.

Le niveau d’instruction et le salaire semblent des facteurs déterminants dans les choix alimentaires que les consommateurs effectuent. Les Canadiens possédant un diplôme universitaire et gagnant un salaire annuel qui dépasse 80 000 $ sont plus enclins au végétarisme ou au végétalisme que les autres consommateurs. Les célibataires se voient deux fois plus souvent comme végétariens ou végétaliens. Les Britanno-Colombiens sortent champions du végétarisme, tandis que les Prairies continuent d’aimer leur protéine animale, sans surprise. Mais la jeune génération nous offre des résultats impressionnants.

Les Canadiens de moins de 35 ans sont trois fois plus prédisposés à suivre une diète végétarienne ou végétalienne que ceux ayant au-delà de 49 ans. Les jeunes arrivent sur le marché avec un bagage de valeurs particulières qui influencent leur choix alimentaire. Probablement pour cette raison, Air Canada offre maintenant 18 options de mets spéciaux sur ses vols à l’international. Les traiteurs et restaurateurs vous diront que de servir un groupe ces temps-ci appelle autant à la créativité qu’à la patience. La volonté de plusieurs d’entre nous de réduire notre empreinte environnementale motive sûrement ces choix. Mais la santé et la qualité des produits alimentaires dans l’assiette paraissent préoccuper un nombre grandissant de Canadiens.

D’ailleurs, les allergies créent un véritable problème au Canada. Au-delà de 12 % des Canadiens souffrent d’une allergie quelconque et plus de 20 % des ménages ayant au moins deux enfants déclarent souffrir d’allergies.

Depuis le début de l’année 2018, des 35 rappels émis par l’Agence canadienne d’inspection des aliments à Ottawa, le tiers faisait état d’ingrédients non déclarés sur les étiquettes. La peur pour des allergènes influe sur l’ensemble du système.

Le diabète semble aussi jouer un rôle notable. Les consommateurs âgés de 49 ans et plus sont trois fois plus enclins à adopter une diète restrictive de diabète que les autres groupes. Avec le vieillissement de la population, cette réalité nous rattrape et affectera sûrement l’industrie au cours des prochaines années.

La foi se met aussi de la partie avec les produits Halal ou Kasher qui demeurent toutefois la préférence d’un groupe restreint de Canadiens. À peine 2,3 % de la population n’achètent que des produits Halal et moins de 1 % préfèrent le Kasher. C’est très peu, mais l’offre au Canada demeure tout aussi timide. Cependant, notre stratégie d’immigration pour les prochaines années pourrait changer la donne.

Le Québec ne fait pas exception à ces nouvelles tendances alimentaires, mais le nombre de personnes qui expriment des préférences joint la moyenne, surtout pour le végétarisme et le végétalisme. Même que les allergènes constituent une moins grande préoccupation au Québec qu’ailleurs. Cependant, le diabète dérange un plus grand nombre de Québécois, semblerait-il.

Bien sûr, il faut prendre ces résultats avec un grain de sel. Après tout, ce n’est qu’un simple sondage, recensant 1049 Canadiens à travers le pays.

N’empêche, ces résultats suggèrent que les choses se compliquent. Si vous suivez une diète sans artifice, vous faites encore partie de la majorité. Mais avec une jeune génération qui bouscule l’industrie alimentaire, cela pourrait changer d’ici quelques années.