On parle beaucoup du projet de train à grande fréquence, mais qu’en sait-on précisément?

Le train sifflera combien de fois?

N’allez jamais dire à des politiciens qu’il y a de l’argent disponible quelque part. Ils vont se jeter dessus comme la misère sur le pauvre monde. Ainsi, venant du Fédéral, il y a présentement quelque 600 millions $ d’argent disponible pour le Québec à des fins de transport collectif. Voilà sans doute pourquoi nos politiciens locaux se présentent unanimement branchés sur la même fréquence radio pour entonner l’«Hymne à la nécessité d’un train à grande fréquence». Le chœur du TGF pousse la note jusqu’à soupçonner le gouvernement libéral fédéral de retarder le dossier pour l’utiliser à ses fins politiques en temps opportun, alors que c’est Québec qui se traîne les pieds. Or, je me suis toujours méfié de la pensée unique, même si j’aime beaucoup le train. Durant mes études universitaires à Montréal, à l’époque où il n’y avait pas autant de voitures dans une entrée que de résidents dans la maison, je prenais régulièrement le train.

Ainsi, «l’idée» du TGF paraît sans doute politiquement alléchante à première vue, ce qui explique cette ruée des politiciens sur cet autre «grand» projet: tant du fédéral, que du provincial, que du municipal, en ajoutant la Chambre de commerce... C’est donc avec un certain sentiment d’isolement, comme un wagon solitaire roulant sur une voie d’évitement, que je m’interroge sur ce «ballon» politique. Quitte à passer encore une fois pour un «casseux de party»!

Donc, peut-on à raison nous interroger autour de «l’idée» lancée? Par exemple, a-t-on précisé ce que l’on entend par train «à grande fréquence»? Ce train passerait par Trois-Rivières combien de fois par jour? Nous a-t-on bien expliqué aussi que ce train ne pourra évidemment pas emprunter la même voie que les trains de marchandises. Il faudra effectivement construire une seconde voie parallèle; mais à quel coût? Cela ne semble guère inquiéter nos politiciens en mal de dépenses pharaoniques avec de l’argent public. Et comment alors ce train traversera-t-il les cours d’eau entre Québec et Montréal? Faudra-t-il construire de nouveaux ponts ou bien doubler les voies de traverse actuelles?

Combien coûtera par exemple un billet aller-retour Trois-Rivières–Montréal? Soixante dollars? Soixante-dix? Ce train roulera en outre en utilisant des combustibles fossiles non renouvelables et polluants. Au royaume de l’électricité, on ne peut donc pas dire que ce train nous conduira vers un monde qui vise l’utilisation d’une énergie propre et renouvelable. Avons-nous idée aussi du nombre de personnes qui devraient prendre ce train chaque jour, à chaque passage? Ce serait important de prévoir le nombre quotidien d’usagers, non? Tout cela pour dire qu’il serait donc impérieux de répondre à toutes ces questions afin de clarifier les tenants et aboutissants entourant cette autre entreprise entraînant des dépenses de centaines et de centaines de millions de dollars.

Le diable se trouvant souvent dans les détails, au lieu de mousser ce dossier reposant présentement sur des bases plus que fragiles, les promoteurs de «l’idée» devraient plutôt s’activer à débusquer le diable en question afin que l’on puisse discuter rationnellement de tous les contours de ce projet. De l’ensemble de ses coûts par rapport à ses bénéfices réels.

Guy Godin

Trois-Rivières