Le temps d’agir pour Monsieur Legault

OPINION / Le problème de la langue a repris l’actualité au Québec avec l’étude rendue publique par l’Office de la langue française qui ne nous apprend rien de nouveau.

C’est le temps d’agir et de mettre autant d’énergie et d’efforts à combattre le nom respect de la loi 101 laquelle n’a jamais été acceptée par les anglophones), qu’on en a mis à combattre le coronavirus. Ce non respect se fait avec la complicité de notre système d’éducation et de ce gouvernement qui a perdu le combat de l’intégration des immigrants. Nous savions déjà que les cégeps anglophones trônent au sommet des taux de diplomation pendant que le réseau francophone traîne la patte. La raison est simple: en réalité 37,8 % des étudiants dans ces cégeps anglophones sont des allophones et 20,7 % sont des francophones. Les étudiants de langue maternelle anglaise y sont d’ailleurs minoritaires depuis 2001 déjà. Au collège Dawson, par exemple, on n’accepte qu’un candidat sur trois. Or, 40 % de ses étudiants sont des francophones; et on ne recrute que les étudiants qui ont les plus fortes notes. Comme la loi 101 n’est pas imposée, on s’y rue avant d’aller ensuite massivement, dans 91 % des cas, à Concordia et à McGill, les orientant par le fait même vers la langue de travail. On voit nettement que la fréquentation de l’école française forcée au primaire n’a rien donné.

Comme le dit si bien Denise Bombardier: «Le multiculturalisme canadien a fait son oeuvre en plaçant le français au niveau des autres langues parlées aujourd’hui au Canada.» Elle souligne également qu’un des grands échecs de notre système scolaire public est d’avoir failli lamentablement à enseigner correctement l’anglais aux francophones et le français aux anglophones. On constate aujourd’hui que la situation du français dans la grande région de Montréal est devenue catastrophique selon Frédéric Lacroix, chercheur indépendant en démographie, qui nous a ouvert les yeux en publiant les chiffres ci-haut mentionnés et qui fait dire à Joseph Facal: «Le financement actuel équivaut non plus à donner à une minorité historique ce qui lui revient, mais à subventionner l’érosion des établissements francophones.»

Monsieur Legault, le nationalisme doit se réveiller et comprendre que le cégep en français c’est urgent. Le «virus du bilinguisme obligatoire» ne doit pas se propager davantage. Il doit nous démontrer qu’il a le courage nécessaire pour donner un sérieux coup de barre pour redresser la barque du français qui s’en va à la dérive. «Il y a urgence linguistique car les Québécois financent leur anglicisation à même les fonds publics et si le gouvernement ne se donne pas pour objectif de refaire du français notre langue commune, la situation deviendra irrécupérable. À moins qu’elle ne le soit déjà?», mentionne Mathieu Bock-Côté, sociologue reconnu.

Oui, il y a urgence quand on voit que la CSN et un conseil métropolitain de la FTQ on reçu «froidement» une proposition pour renforcer le français, eux qui s’étaient déjà prononcés l’an dernier contre la loi sur la laïcité. Ça nous laisse croire que les syndicats ou plutôt les élites syndicales, qui jadis défendaient les droits des travailleurs, seraient maintenant du côté du patronat. Les jeunes, ceux que Martineau appelle jovialement «les petits lapins», doivent comprendre que pour réussir au Québec il n’est pas nécessaire de «parler l’anglais sans accent».

Oui, le Québec mérite nettement mieux que le système d’éducation actuel, le plus inégalitaire au Canada. Monsieur Jolin-Barrette doit intervenir prestement et avec vigueur, avant que «la nation québécoise ne soit condamnée à disparaître et le français classé au rang d’héritage folklorique», nous dit Réjean Parent. L’agrandissement de Dawson ne devrait pas être dans ses plans et le français doit revenir la langue de travail au Québec.

Gaston Bouffard

Shawinigan