Le spectre du CHSLD

Selon les statistiques, il me resterait vingt années de vie. Mon corps me donne déjà des signes d’usure. Mes facultés cognitives sont encore intactes. Ce sont elles qui entendent, perçoivent, captent, scénarisent le pire. Et le pire, c’est de me retrouver un jour en CHSLD. Ne me chantez plus les beautés de la vieillesse: la sagesse acquise, la satisfaction du devoir accompli, etc. L’horizon du CHSLD s’apparente à un cauchemar, le pire qui puisse se réaliser car l’endroit est connu pour être le lieu où l’on perd la dernière chose qui nous reste d’humain: sa dignité. Enfin, c’est la réputation qu’en font les médias, les syndicats et des particuliers qui témoignent de la dure réalité de ces endroits. Alors, imaginez un peu comment se sentent ceux et celles dont un destin CHSLD n’est pas exclu.

Nous, les personnes âgées sommes un poids pour nos gouvernements. Sans doute qu’en période électorale ils feront semblant de nous chérir mais, l’âge nous ayant appris à reconnaître la duperie, nous savons bien que ce qui compte à leurs yeux est ce qui rapporte. Et nous, les vieux, on est des «Sert plus à rien».

Je rêve d’une société capable d’empathie à longueur de jour, pas seulement lorsqu’elle vit des moments dramatiques largement médiatisés; d’une société qui prendrait soin au quotidien des plus vulnérables en déployant des sentiments plutôt que des budgets quand ceux-ci n’ont rien à voir avec la qualité des approches et des soins.

Je rêve de maisons où les personnes âgées non autonomes pourraient finir leurs jours dans le respect et la dignité. Ce qui signifie privilégier l’ÊTRE plutôt que le FAIRE.

Je rêve, bien sûr.

Vous les décideurs, les planificateurs de tâches, les «raccourcisseurs» de temps, les administrateurs de budget qui fixez les règles dans les CHSLD, aimeriez-vous avoir un bain par semaine? Un nombre limité de minutes allouées pour manger? Que l’on change votre culotte d’aisance à période fixe dans la journée? Aimeriez-vous sentir la tension, la mauvaise humeur parfois des gens qui s’occupent de vous et qui n’en peuvent plus d’avoir trop de patients à leur charge?

Aimeriez-vous finir vos jours dans un tel contexte? Pourtant, vous avez beau être des personnages importants dans le système, un jour vous serez vieux, peut-être deviendrez-vous sénile. Vous ne serez alors pas plus important aux yeux de ceux qui vous remplaceront que le sont aujourd’hui à vos yeux les bénéficiaires dans vos établissements.

Pendant que vos facultés cognitives bouillonnent encore, ne pourriez-vous pas les mettre au service de nouvelles méthodes favorisant un mieux-être et un mieux-vivre dans vos établissements?

Hélène Arseneault

Trois-Rivières