Le souffle coupé!

L’auteur, Jean Fournier, est président du Syndicat des professeurs du Cégep de Trois-Rivières.

Depuis plus de 15 jours, nous vivons au Cégep de Trois-Rivières une situation incontestablement difficile. La direction nous a informés vouloir procéder, une fois l’assentiment obtenu du conseil d’administration, à la suspension de quelques programmes de pointes de notre secteur technique.

J’en appelle à la volonté des administrateurs et administratrices du Cégep de Trois-Rivières de s’opposer à ces choix «comptables». Notre collège public offre un rayonnement considérable et doit affirmer la vision de maintenir une proposition répondant notamment aux besoins des jeunes et des entreprises du milieu. Notre institution d’enseignement a un apport notable et structurant dans notre communauté, en permettant l’accès à un tel niveau de formation et à un fonds culturel commun (particulièrement par la formation générale), complément essentiel à des capacités techniques et pratiques.

Pour les professeurs et professeures, l’attachement à notre collège est réel et s’exprime notamment dans le fait que de nombreux collègues ont étudié dans nos murs, ont vu leurs enfants y passer et sont engagés comme «profs» au collégial. Ainsi, la plus vieille de mes filles a pu obtenir son diplôme collégial au sein d’un programme préuniversitaire que la direction, il y a plus de dix ans, avait anticipé fermer lors d’une période trouble dans la gestion des ressources enseignantes: depuis, le maintien du programme de Sciences, lettres et arts, dont ma fille et des dizaines d’autres jeunes ont pu bénéficier, offre un espace de dépassement et de croissance.

Le problème du recrutement des étudiants évoqué par la direction et les difficultés rencontrées dans le financement sont d’ordre national et doivent, parce qu’ils dépassent la situation particulière du Cégep de Trois-Rivières, être traités par la voie politique et trouver leur solution sur le plan national. Pour y arriver, il faut nécessairement que les responsables «politiques» fassent preuve d’audace et s’engagent en faveur de l’enseignement collégial aux côtés du personnel du collège.

En effet, lorsqu’on porte la responsabilité de l’éducation et de la formation de jeunes adultes québécois, on ne peut se contenter de laisser aller les choses, puis considérer comme normale l’acceptation d’une érosion tout à fait aléatoire de la carte des programmes de notre collège.

Depuis 50 ans, nous contribuons à l’actualisation d’un vaste projet collectif au Cégep de Trois-Rivières, une institution ouverte, accessible à tous et à toutes, permettant à nos jeunes de réaliser leurs aspirations, et de prendre une place dans la société que nous érigeons, entre autres par le fait d’occuper un emploi chez nous.

Ne touchez pas à notre carte des programmes: la région y tient!