Le rôle des professeurs universitaires semble avoir été oublié

Être professeur ce n’est pas que produire des connaissances ou former.

Pour obtenir son Ph. D., il faut des milliers d’heures d’étude. Par étude, on entend un nombre difficilement calculable de lectures, une réflexion constante, une écriture prudente et rigoureuse, de nombreux échanges et des évaluations. De plus, cet exercice se fait à travers des années où la vie personnelle se poursuit avec son lot d’épreuves, où il faut aussi gagner son pain et tenter de conserver l’équilibre en recherchant du soutien.

Ensuite, si on réussit à obtenir un poste, il faut développer son expertise sans relâche, être à l’affût des développements, être à l’écoute des besoins, des savoirs en place, prioriser, planifier, trouver des ressources (humaines, matérielles, financières et technologiques), mobiliser des ressources, gérer ces ressources, en créer de nouvelles, mettre en œuvre les plans, les évaluer… et recommencer sans cesse en donnant le meilleur de soi… et surtout ne pas perdre la foi qu’il est possible de faire une différence socialement.

Mais ce n’est pas qu’une série de tâches à effectuer, il faut aussi conserver le recul nécessaire pour comprendre si tout cela fait du sens, prendre le temps de réfléchir. En dépit des politiques changeantes, des redditions de compte incessantes, de la surcharge de travail, des concours exigeants pour demander du financement, nous développons des outils, des stratégies, des programmes, des pistes de solutions, et ce, en gardant l’œil ouvert sur le monde de l’éducation, de la santé, de l’environnement, des organisations, du langage, etc.

Non, être professeur(e) ce n’est pas que produire des connaissances ou former, c’est assurer une garde en permanence pour le développement sain et cohérent de notre société.

Une institution d’éducation ne peut pas être gérée comme une entreprise qui produit des connaissances, des outils et de la main-d’œuvre. Une institution d’éducation a comme mission de protéger les savoirs passés, présents et futurs et doit s’appliquer à tisser et entretenir un lien de confiance avec ses professeurs, qui sont des acteurs essentiels.

Maintenant, il faut retrouver le fil perdu pour recommencer à tisser, parce que le rôle des professeurs a été soudainement oublié par ceux qui prenaient des décisions.

Lise-Anne St-Vincent

Professeure au département des Sciences de l’éducation

Université du Québec à Trois-Rivières