Le revers de la médaille d’un bas taux de chômage

L’auteure, Catherine Gendron, est directrice générale du Mouvement Action-Chômage de Trois-Rivières.

Trois-Rivières a longtemps été considérée comme la capitale du chômage, là où l’on retrouvait le plus haut taux de chômage du pays mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. En effet, depuis la publication du dernier taux de chômage pour la région de Trois-Rivières tout le monde semble fier de ce taux: 4,6 %, c’est presque le plein emploi. Super! Mais est-ce que ce taux est réaliste? Reflète-t-il réellement la situation économique de la région de Trois-Rivières? Y a-t-il eu une vraie création d’emplois? Plusieurs questions demeurent. 

En effet, aucune grande entreprise ne s’est installée en ville pour embaucher des centaines de personnes. Certes, il y a eu création d’emplois, mais de quel type d’emplois parlons-nous? Ce ne sont pas des emplois ayant une grande sécurité. En effet, les emplois créés sont principalement des emplois à temps partiel, temporaires ou sur appel. Il y a aussi une partie de la population qui n’est plus à l’emploi soit parce qu’elle est à la retraite, ou sans emploi et/ou sans chèque ou encore à l’aide sociale. Alors il faut relativiser ce bas taux de chômage.

Les politiciens et le milieu des affaires se réjouissent de cette situation mais il y a un revers à la médaille. En effet, plus le taux de chômage annoncé est bas, plus les prestataires doivent accumuler d’heures pour se qualifier au chômage soit 700 heures, et ce, pour un maigre 14 semaines de prestations. Si 700 heures peuvent paraître peu pour certaines personnes, c’est le contraire pour d’autres. Sept cents heures signifient 20 semaines de travail à 35 heures par semaine. Pour les travailleuses et travailleurs saisonniers entre autres, ce nombre d’heures peut être difficile à attendre. Et 14 semaines, à peine plus de trois mois, c’est trop court avant le début de la prochaine saison. Plusieurs travailleuses et travailleurs vivront le «trou noir», et ce, très tôt au printemps. Le «trou noir» est le moment où le travailleur se trouve sans prestation d’assurance-emploi et sans emploi. Si cela est bon pour faire baisser le taux de chômage par ce que le travailleur ne se retrouve plus dans la statistique pour le calcul de la population active, cela est catastrophique pour le travailleur, sa famille et aussi pour l’économie. 

Le gouvernement fédéral doit agir! Il doit revoir la façon de calculer le taux de chômage pour que celui-ci reflète davantage la situation économique de la région, qu’il revoie le redécoupage des régions administratives de l’assurance-emploi ou tout simplement, comme nous le revendiquons depuis de nombreuses années, des modifications significatives au régime de l’assurance-emploi.