PHOTO MARTIN ROY Le Droit Rassemblement contre le racisme St-Andre Avelin.
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Le «racisme systémique» au Québec: qu’est-ce que ce serait?

OPINIONS / Que signifie l’expression «racisme systémique» et y en a-t-il au Québec?

Dans le dictionnaire Robert (2017), «systémique» signifie simplement «qui se rapporte à un système ou l’affecte dans son ensemble». Quant à «système», plusieurs acceptions sont possibles, dont une, la quatrième, semble ici la plus appropriée: «armature économique, politique, morale d’une société donnée considérée comme aliénante, contraignante», par exemple: «la lutte des classes», «la société pourrie», etc.

Dans l’oreille du citoyen, le mot «systémique», employé dans l’expression «racisme systémique», garde cependant un certain flou. Ce flou provient, je crois, du mélange de trois significations différentes: (1) qui est inscrit formellement dans le système politique et légal et dans ses pratiques officielles; (2) qui est systématique, c’est-à-dire ici, qui est habituel, régulièrement constaté, qui fait partie des mœurs (sociales, administratives, juridiques) d’une société; (3) qu’on rencontre un peu partout, qui est plus ou moins généralisé.

L’utilisation spécifique du mot «systémique» donne une certaine prépondérance à la première signification: «qui fait partie du système», c’est-à-dire qui est inscrit dans ses lois, ses règles, ses manières de faire officielles. Or, dans le cas de la discrimination raciale et d’un éventuel mauvais traitement des «gens de race» (p. ex. un Noir au Québec, un Arabe en Israël, un Blanc en Côte-d’Ivoire, un Chrétien en Iran), les lois et les règles en vigueur et appliquées au Québec ont des dispositions claires et sévères contre de telles pratiques, dispositions inscrites aux différents textes officiels tels que les chartes québécoise et canadienne des droits de l’Homme (l’Homme désignant évidemment les personnes des deux ou plus de deux sexes). Si on cherche dans les textes officiels de l’Assemblée nationale, on peut parier qu’on ne trouvera rien de raciste là-dedans, au contraire. Le «système québécois» n’est pas raciste.

Est-ce qu’il y a un «racisme systématique», des habitudes, des comportements répandus et adoptés systématiquement par les personnes, voire par les personnes en autorité (policiers, juges, enseignants, médecins, etc.) et qui briment régulièrement les droits des «gens de race», leur font un mauvais sort (mauvais traitement physique, blocage économique, privation d’avantages communs, etc.)? Le mot «systématique» étant bien compris et tout bien considéré, il est difficile de constater un acharnement de ce type sur nos concitoyens «racisés» au Québec. L’étrangeté comparative des mœurs de certains religionnaires de l’Islam, notamment quant aux femmes, et leur affiliation supposée avec des éléments du terrorisme international ont pu éveiller une certaine raideur méfiante des Québécois, raideur qui semble s’être atténuée aujourd’hui. L’impact dérangeant d’un grand nombre de migrants de toutes races et leur poids sur la capacité d’intégration sociale et économique (langue, logis, mœurs, emploi) ont pu aussi créer un certain malaise dans les régions du territoire touchées. Toutes ces personnes, malgré tout, ont apparemment été traitées aussi dignement que possible par les autorités comme par les citoyens québécois, et généralement mieux traitées qu’elles ne l’ont été ailleurs avant d’aboutir chez nous. S’il y a du racisme au Québec, non, il n’est pas systématique.

Les petites filles généralement préfèrent jouer entre elles, et pas trop près des petits garçons. Et les compétitions sportives ne regroupent pas ordinairement hommes et femmes: chaque sexe de son côté. Les vieilles personnes (et j’en suis) se tiennent plutôt avec d’autres de leur âge, même si la rencontre d’un enfant ou d’une belle jeune femme fait occasionnellement plaisir. On se méfie généralement d’un homme solitaire, d’un individu mal coiffé et à barbe hirsute, surtout à la tombée du jour. Sur la route, on n’aime pas vraiment voir une voiture de patrouille à la remorque, derrière nous. Il est malsain d’afficher une chemise du Canadien quand on assiste à un match de hockey à Toronto ou, pire encore, à Boston. Oui, la «différence» met généralement mal à l’aise, même lorsqu’elle est intéressante, toute différence, jusqu’à ce qu’on l’ait bien intégrée dans un tout compréhensible, dans notre idée de la personne. Un paysan, un «habitant» de la campagne québécoise n’est pas automatiquement à l’aise ni reçu à l’aise s’il arrive pour la première fois à Montréal, un Anglophone du «West Island» est probablement dépaysé si, par miracle, il se retrouve dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve de Montréal, ainsi de suite. Ces malaises, cette gêne initiale vis-à-vis de l’autre est-elle du racisme, c’est à-dire une attitude déterminée à exclure, punir ou détruire l’autre parce qu’il est différent de nous?

Les «actes racistes» au Québec, rapportés par la presse, la radio et la télé, existent et ne peuvent pas être niés, mais ces actes sont-ils tous «racistes», la brutalité et les mauvais traitements pouvant aussi être expliqués autrement, par exemple par la misère de ceux qui les commettent ou la préparation morale insatisfaisante de ceux qui sont chargés d’intervenir. Toute société peut et doit s’améliorer, même et surtout si les conditions démographiques qui lui sont imposées rendent cette auto-éducation plus ardue… et plus urgente.

Mon opinion bien sûr est biaisée, puisque je suis Québécois et que j’aime mon pays et tous ceux qui y habitent. Si je vivais en Tanzanie (un mot pris au hasard) et qu’il me fallait m’exiler et migrer vers une terre d’accueil, tout de suite je choisirais le Québec: je me préparerais à une période d’acclimatation (incluant le climat!) exigeante mais, sachant ce que je sais et comparativement à la plupart des autres pays, je sais que je ne me tromperais pas.

Il n’y a pas de racisme systémique au Québec.

Louis Laurencelle

Trois-Rivières