Après le visionnement d’un reportage australien portant sur les meurtres d’agriculteurs blancs en Afrique du Sud, dont on voit le cimetière sur cette photo, l’auteure de ce texte dénonce l’invention du «racisme inversé» pour parler du même problème vécu par les noirs ou les blancs.

Le racisme inversé, vraiment?

OPINION / Pendant un de mes cours au Cégep, on m’a parlé de racisme inversé. Ce terme est sorti de la bouche de mon enseignant à la suite du visionnement d’un reportage australien portant sur les meurtres d’agriculteurs blancs en Afrique du Sud.

Dans ce reportage, on nous décrit comment les membres des familles avaient été attaqués, torturés et tués de sang-froid. On nous mentionne une terre où plus de 200 croix avaient été plantées. Chacune d’elle représentant une personne tuée dans ces conditions, depuis 1994. On nous montre aussi les tensions politiques provenant de l’Economic Freedom Fighters, parti politique sud-africain qu’on qualifie dans le documentaire de «old fashioned communist party». On voit aussi un discours du chef de ce parti, Julius Malema, qui termine sa prestation par une danse évoquant des mouvements d’arme à feu.

Lors de l’élaboration des thèmes présents dans ce documentaire, on a parlé de pouvoir, de colonisation, de pauvreté, de violence, et, bien évidemment, de racisme. L’enseignant a ajouté qu’il était même possible de parler de, tenez-vous bien, racisme inversé.

Évidemment, je trouve horrible que des familles d’agriculteurs subissent de la violence, et je ne peux qu’offrir mes sympathies aux proches des victimes. Je trouve aussi extrêmement triste qu’un parti politique incite à la haine, à la violence et au racisme. Cependant, deux problèmes m’ont sauté aux yeux, se sont agrippés à ma gorge et m’ont déchiré le cœur.

D’abord, le racisme inversé? Vient-on vraiment de me lancer: racisme inversé? Les lignes qui suivent ne sont pas tirées d’études, de livres ou d’article, mais une opinion qui me semble faire bien du sens. Est-ce que d’utiliser le terme «racisme inversé» signifie que le racisme n’est possible qu’envers les noirs? Faut-il vraiment utiliser un terme différent (pour désigner le même problème) seulement parce que les victimes sont blanches? En quoi le racisme peut-il être «inversé»? Est-ce parce qu’une certaine partie de la société (celle utilisant ce terme) croit encore que la race blanche devrait être dominante et que toute violence faite contre elle devient inhabituelle, donc inversée? Oui, l’utilisation de ce terme peut sembler bien naïve et anodine, mais il est difficile pour moi de ne pas me poser ces questions. De plus, le terme «racisme inversé» découle du terme «racisme antiblanc» qui a été utilisé pour la première fois en France par une association d’extrême droite dans le but de décrédibiliser les associations antiracistes. Comment se fait-il alors que ce terme soit utilisé par un enseignant? L’ignorance, peut-être, et la naïveté, puisque je ne crois pas que celui-ci soit raciste.

Le deuxième problème que j’ai identifié: le choix du documentaire. Je ne blâme pas ici mon enseignant. Je ne crois pas non plus que ses intentions étaient de me déranger, moi et mes convictions. Je crois d’ailleurs que ses intentions étaient bonnes: il veut nous faire voir les deux côtés de la médaille, nous informer de ce qu’il se passe réellement dans le monde, il veut nous faire découvrir une autre réalité… Cependant, est-ce que c’est cette réalité qui presse le plus? Comme j’ai dit plus tôt, je plains toutes les victimes de ces crimes atroces et je ne souhaite pas banaliser la chose, mais j’avais une certaine difficulté à garder un intérêt pour le documentaire.

C’est d’abord parce que je m’imaginais bien que ce problème devait être minime comparé aux autres violences du pays. Effectivement, ces morts représentent 0,3% de tous les meurtres d’Afrique du Sud. Ici, j’ai réfléchi à savoir si cela concordait avec le ratio de blancs et de noirs dans le pays, mais la population blanche du pays représente près de 10% de la population totale. Cependant, n’ayant pas trouvé de données sur le nombre d’agriculteurs parmi ceux-ci, je n’utiliserai pas ce fait comme argument. Ce que j’ai plutôt envie d’amener, c’est la place que semble prendre ce problème aux yeux de tous.

M. Trump, armé de son compte Twitter, a pris le temps d’annoncer qu’il souhaitait qu’on jette un œil sur les «expropriations de fermes» et sur les «meurtres de grande ampleur» en Afrique du Sud. Pourtant, je n’ai pu trouver un tweet portant sur les 500 morts, 1500 blessés et 1,85 million de personnes affectées par le cyclone au Mozambique. Étiez-vous au courant de cette catastrophe naturelle? Probablement pas. Où est l’attention des médias? Je cherche encore un tweet dénonçant la ségrégation et le racisme chez les enfants dans les classes primaires de l’Afrique du Sud. Pourquoi ne me parle-t-on pas des déversements de pétrole dans le fleuve du Niger par la compagnie américaine Shell et la compagnie italienne Eni? Où sont nos Pray for Venezuela, alors que 600 000 Vénézuéliens souffrent d’une crise alimentaire de phase 2 (détresse)? Je ne comprends pas ces yeux à demi clos. Pourquoi envoyons-nous nos prières aux victimes de la Floride, mais pas aux victimes du Mozambique? On me dit que c’est loin. Pourtant l’économie de la Chine est observée religieusement. Quelle est notre excuse?

Cela fait près de trois heures que j’écris ce texte. Je n’ai toujours pas remis mon travail pratique. Je n’ai toujours pas commencé à lire mon livre obligatoire. Je n’ai toujours pas entamé mon travail de fin de session.

Il est 23h et je me vide le cœur. Tout ce que je demande, c’est un monde meilleur.

Quand est-ce qu’on s’ouvre les yeux?

Quand est-ce qu’on s’aide vraiment?

Maude Laganière

Champlain