Le PQ, la laïcité et la pensée magique

L’auteure, Djemila Benhabib, a été candidate pour le Parti québécois dans la circonscription de Trois-Rivières lors des élections de 2012.

J’avoue ne pas comprendre l’attitude du PQ dans le débat sur la laïcité. Les déclarations de Pascal Bérubé, chef intérimaire du parti, sont à ce titre édifiantes. Entre son «invitation» lancée à l’ensemble des partis politiques pour adopter une «position rassembleuse» sur la laïcité et sa volonté de défendre les employés de l’État qui pourraient perdre leurs emplois en raison d’une possible législation soutenant l’interdiction du port des signes religieux pour les fonctionnaires en position d’autorités morale (les enseignants) et coercitive.

Que révèle un tel positionnement?

D’abord une incompréhension des enjeux, en l’occurrence celui de la laïcité et, surtout, une faiblesse dans l’argumentaire politique. Réduire la laïcité, cette exigence historique, urgente et légitime, à des pertes d’emploi ne permet pas de saisir l’étendue de son rôle émancipateur.

Or, le Québec a tout à gagner en imposant cette exigence de neutralité aux enseignants. En adoptant une telle position, on respecte aussi la liberté de conscience des élèves dont, bizarrement, personne ne fait état. Rappeler que le citoyen en devenir qui n’est à ses premières années de vie qu’un élève doit être le centre de notre réflexion est de notre action. La laïcité est la condition du respect de la liberté de conscience de tous et de chacun. Les enseignants qui sont incapables de se défaire de leurs signes religieux devant leurs élèves se mettent dans une posture intégriste incompatible avec l’exercice de leurs fonctions.

La question fondamentale qu’il faut se poser est la suivante: peut-on confier des élèves à des enseignants qui considèrent que leurs prescriptions religieuses sont supérieures à nos lois civiles adoptées par notre parlement élu? Aux enseignantes qui estiment que rendre visible leurs cheveux est un effort déraisonnable, je rappellerai simplement qu’en Algérie, dans les années 40, les écoles de confession islamique étaient mixtes et les institutrices n’étaient pas voilées.

Il y a à l’Assemblée nationale quatre partis avec des lignes de fracture et des affinités en fonction de différents enjeux. La laïcité en est un. Cet enjeu établit clairement une divergence entre le PLQ et QS d’une part qui sont multiculturalistes et le PQ et la CAQ qui sont nationalistes. Il est illusoire de penser que cette dichotomie va disparaître du jour au lendemain. Bien au contraire. Elle est là pour rester. Pour s’accentuer même. Le PLQ n’est même pas en mesure de défendre devant les tribunaux la loi qui a lui-même fait adopter au parlement sur les services à visage découvert. Franchement, que peut-on attendre d’un tel parti? Quant à QS, sa députation actuelle n’en a que pour la défense des droits individuels. En ce sens, que plusieurs de ses députés se sont clairement prononcés en défaveur de la position du parti telle qu’adoptée en 2012.

Alors le consensus, vous le voyez?

L’heure des choix est arrivée. D’ailleurs, n’est-ce pas là l’essence même du politique? Choisir en fonction du bien commun. La conjoncture politique est, aujourd’hui, en faveur de l’adoption d’un projet de loi affirmant la laïcité de l’État. Le rôle du PQ est de soutenir clairement cette démarche. Le PQ n’a plus l’initiative politique. S’il ne veut pas se marginaliser davantage, il lui faut sortir de la pensée magique et du consensus à tout prix. Il faut savoir choisir son camp et défendre ses idées avec force, courage et conviction.