Lyn Adamson, who makes and gives away white poppies that she says commemorate all victims of war poses with one of her homemade poppies in Toronto on Thursday, Nov. 9, 2017. More than five years after the white poppy campaign sparked a rancorous debate about how Canadians should reflect on Remembrance Day, the anti-war movement is still stinging from its ugly standoff with the Royal Canadian Legion. THE CANADIAN PRESS/Chris Donovan

Le poids de la mémoire

L’auteur, Jean-Marc Lord, est directeur général du Comité de Solidarité Trois-Rivières. Il s’exprime ici au nom des membres du conseil d’administration de cet organisme.

Portez-vous le coquelicot blanc en mémoire des victimes civiles de la guerre? Le 7 octobre est un anniversaire passé inaperçu: celui du début de la guerre en Afghanistan qui a débuté en 2001. L’année 2018 marque aussi les 15 ans du début de la guerre en Irak, et au moment d’écrire ceci, la guerre en Syrie fait toujours rage (400 000 morts et des millions de blessés).

Le bilan en vies humaines de ces guerres, comme de toutes les guerres qui les ont précédées (et malheureusement, celles qui les suivront) est évidemment dramatique et de nombreux soldats y meurent au combat. Mais on oublie souvent que l’immense majorité des victimes de ces guerres sont des civils qui en plus de mourir ou d’être blessés durant les combats, subissent les contrecoups de la destruction des infrastructures civiles (hôpitaux, écoles, routes, eau potable, etc.) durant de nombreuses années.

Au-delà des chiffres, les populations civiles sont victimes des conflits de multiples autres manières. La remise du Prix Nobel de la paix au gynécologue congolais Denis Mukwege et à la militante yézidie Nadia Murad le prouve. Ces deux personnalités combattent et dénoncent les violences sexuelles comme arme de guerre commises sur les femmes et les enfants. Enfin, les populations déplacées par les guerres et les conflits vivent de multiples catastrophes humanitaires. L’ONU estime qu’en 2017, ce sont 68,5 millions de personnes qui ont été déplacées à travers le monde.

Si les gouvernements occidentaux participent (via leurs contributions à l’ONU) à l’aide humanitaire pour les populations victimes de conflits, ils investissent encore plus massivement dans l’économie de guerre. En 2017, c’est environ 1750 milliards de dollars que les États consacraient aux dépenses militaires dans le monde.

Au Canada, on prévoit une augmentation de 70 % du budget canadien de défense d’ici 10 ans, passant de 18,9 milliards de dollars en 2016-2017 à 32,7 milliards $ en 2026-2027.

Néanmoins, la société civile se mobilise depuis longtemps pour commémorer les trop nombreuses victimes des guerres. Ainsi, la campagne du coquelicot blanc fut lancée en Angleterre en 1933 par la Co-operative Women’s Guild, une organisation composée des mères, des veuves, des sœurs et des amoureuses d’hommes tués pendant la Première Guerre mondiale. Cette organisation s’opposait à la vente d’arme et à la guerre. Au Québec, le collectif Échec à la guerre reprend la campagne chaque année depuis 2011.

Porter le coquelicot blanc, c’est commémorer la mémoire de toutes les victimes des guerres, les civils comme les militaires, mais c’est aussi démontrer son parti pris en faveur de la paix.