L’auteure de cette lettre souhaite que les accidentés du travail et de la route puissent avoir un accès direct aux soins chiropratiques.

Le patient d’abord

OPINIONS / L’auteure, Dre Marie-Hélène Boivin, est chiropraticienne et présidente de l’Association des chiropraticiens du Québec.

Infirmières praticiennes spécialisées, hygiénistes dentaires et maintenant pharmaciens: depuis le début de son mandat, la ministre Danielle McCann concrétise la volonté de son gouvernement de confier à d’autres types de professionnels de la santé certaines responsabilités autrefois assumées uniquement par les médecins. L’objectif: favoriser un meilleur accès des Québécois aux soins de santé, sans faire de compromis sur leur santé ou leur sécurité. À titre de citoyens, nous ne pouvons qu’applaudir cette orientation bénéfique pour les patients du système de santé du Québec.

À titre de professionnels du milieu de la santé, toutefois, les chiropraticiens doivent insister afin que ces gestes inspirés d’une saine collaboration interprofessionnelle se poursuivent, notamment pour inclure dans cette orientation la compétence des chiropraticiens. Rappelons que les chiropraticiens du Québec sont détenteurs d’un doctorat de premier cycle décerné par l’Université du Québec à Trois-Rivières ou par les institutions d’enseignement chiropratique dont les diplômes sont reconnus comme étant équivalents. Leur formation et la loi encadrant leur expertise font d’eux des professionnels de première ligne habilités à diagnostiquer, traiter et prévenir divers problèmes de santé affectant le système neuromusculosquelettique de leurs patients. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle plus de 840 000 citoyens ont recours, annuellement, aux soins chiropratiques. En effet, la loi reconnaît que les chiropraticiens sont des professionnels habilités à traiter ce genre de problème. Par ailleurs, leur expertise s’est révélée hautement pertinente dans les cas d’accidents du travail ou de la route.

Malheureusement, le cadre juridique actuel ne permet pas aux accidentés du travail et de la route de recourir directement aux soins chiropratiques, soumettant le traitement chiropratique de ces accidentés à la décision d’un médecin. En effet, le titre de chiropraticien est actuellement absent de la définition de «professionnel de la santé» prévue à l’article 1 de la Loi sur l’assurance maladie du Québec. Cette situation positionne le Québec comme le seul endroit au Canada qui ne donne pas aux accidentés du travail et de la route un accès direct aux soins chiropratiques.

Cette situation a pour conséquence d’allonger considérablement le parcours d’un accidenté du travail ou de la route au sein du réseau de la santé et, dans bien des cas, de retarder sa guérison, voire même de la compromettre. Cette situation engendre également des coûts évitables pour le portefeuille des contribuables, sans compter qu’elle congestionne l’accès à un réseau déjà bien suffisamment sous pression.

Il existe pourtant une solution toute simple permettant de répondre à cette problématique: il suffirait d’ajouter le titre de chiropraticien aux professionnels de la santé reconnus par la Loi sur l’assurance maladie du Québec, ce qui assurerait aux accidentés du travail un accès direct aux soins chiropratiques. Pour ce qui est des victimes d’accidents d’automobile, il suffirait de procéder à une modification de la réglementation de la Société de l’assurance automobile du Québec.

Les chiropraticiens sont impatients de voir se dessiner au Québec une véritable interdisciplinarité des soins. L’objectif de leur requête est simple: pouvoir traiter les accidentés du travail et de la route dont les problèmes de santé relèvent de leur champ d’expertise sans que ceux-ci ne soient obligés de recourir à une prescription médicale.

Pour ce faire, ils demandent à la ministre de la Santé et des Services sociaux de poursuivre le virage «axé sur le patient» que son gouvernement promet aux citoyens du Québec en assurant aux accidentés du travail et de la route un accès direct aux soins chiropratiques. Il en va de l’efficacité d’un réseau trop souvent mis à mal, mais surtout du bien-être des accidentés.