L’absence du Trou du Diable de la Route des Brasseurs de la Mauricie continue de faire jaser. Le président du Regroupement des microbrasseries de la Mauricie explique ici le point de vue de l’organisme.

Le mutisme de Molson

L’auteur, Alex Dorval, est président du Regroupement des microbrasseries de la Mauricie. Il s’exprime ici au nom de cet organisme.

Une des valeurs qui sont propres au mouvement des microbrasseries est la transparence. Nous ne tentons pas de cacher notre réelle identité derrière des sous-marques, filiales et autres stratégies de marketing douteux. Si on nous le demande, on défendra nos valeurs sur la place publique en parlant en notre propre nom. À ce titre, le projet de Route de Brasseurs de la Mauricie, où ne figure pas la marque Le Trou du diable, filiale de Molson-Coors, suscite la réflexion de certains citoyens et citoyennes. Pour nous, la première et plus grande interrogation sur laquelle nous souhaitons jeter la lumière est sans doute la suivante: pourquoi Molson refuse-t-elle de sauter sur la patinoire?

Qui exclut qui?
Nous n’excluons pas la présence potentielle de Molson-Coors et de sa nouvelle filiale shawiniganaise du projet de Route des Brasseurs de la Mauricie. Nous avons tenté de négocier pendant cinq mois une entente inclusive avec leurs consultants, qui ont refusé les deux propositions en bloc. Nous avons même par la suite invité le directeur des affaires corporatives de Molson-Coors, M. François Lefebvre, à nous rencontrer pour entamer une négociation sincère directement avec les instances décisionnelles de leur entreprise. Nous n’avons jamais eu de retour de sa part ou d’autres dirigeants de Molson. Il serait bien de les questionner, nous croyons, sur la raison de ce refus.

Il est fort pertinent ensuite de souligner l’ironie de cette accusation puisque dans la réalité actuelle, Molson-Coors exclut en permanence nos microbrasseries dans plusieurs restos-bars, chez des détaillants, dans les salles de spectacle, les complexes sportifs et les événements et festivals de la région en faisant signer aux promoteurs et clients des «ententes d’exclusivité» et usant d’autres stratégies concurrentielles déloyales.

Concernant l’inclusion du Broue-pub de la rue Willow, nous aimerions également apporter la lumière sur le fait que la marque est maintenant utilisée sous licence car appartenant à Molson-Coors. Nous avons demandé de parler à un membre neutre et décisionnel de l’organisation ne travaillant pas pour le groupe Molson-Coors. Cette demande a été refusée puisque la marque ne leur appartient plus, tout simplement. Les fondateurs qui travaillent aujourd’hui à titre de consultants pour Molson-Coors sont de leur propre dire tenus par contrat «de ne pas médire Molson» sur la place publique. Chaque fois qu’on allait discuter, il passait deux mois où ils devaient parler à Six Pints (autre filiale de Molson) qui eux devaient parler à Molson, propriétaire de la marque. Mais encore une fois, pourquoi les dirigeants de Molson se cachent-ils ainsi?

Demandez à M. Lefebvre, il vous dira sans doute que pour Molson, il n’existe qu’un seul marché de la bière au Québec. Facile à dire quand on est en rapport de force.

Changer: nos règles, nos lunettes?
Nous avons lu un article du Nouvelliste du 30 juillet dernier, qui exprimait la déception du maire de Shawinigan, M. Michel Angers, de voir notre Regroupement «changer les règles» à la suite de l’obtention du financement auquel il a donné son accord. Le comité composé d’élus de la région dont Michel Angers a rendu au printemps dernier une décision unanime sur un dossier où les microbrasseries participantes étaient écrites noir sur blanc. Il est difficile pour nous de s’expliquer pourquoi on pouvait lire qu’il n’était pas au courant de son dossier. Nous l’avons également contacté pour comprendre son point de vue, mais il n’y a pas eu de retour.

Discuter dans le respect et le calme
Nous terminerons en mentionnant que nos membres vouent un profond respect aux

citoyens, citoyennes, travailleurs, travailleuses et fondateurs des brasseries de Shawinigan.

Nous y comptons d’ailleurs plusieurs amis, collègues, familles, fournisseurs et clients.

Nous demandons donc aujourd’hui, par respect pour tous ces gens et nos équipes respectives, aux divers acteurs du milieu politique et touristique concernés de bien vouloir cesser de nous prêter des intentions malhonnêtes sans prendre d’abord le pouls réel des enjeux de notre industrie. Car, c’est près de 200 microbrasseurs du Québec qui questionnent aujourd’hui l’impact que ces acquisitions auront sur la croissance et même la viabilité de certaines de nos organisations.

Ultimement, il faudra bien que les dirigeants du groupe Molson-Coors sortent de leur mutisme, sautent sur la patinoire et fassent preuve de transparence, de bonne foi et d’inclusion quant à la place à accorder à nos bières sur la scène brassicole et touristique régionale. Car après tout, c’est toute la logique de l’offre et la demande, du terroir et du tissu socio-économique qui prend le bord quand on tolère et défend les rapports de force qu’exerce une multinationale sur nos PME.