Sonia LeBel, députée de Champlain.
Sonia LeBel, députée de Champlain.

Le mauvais projet de loi 61 reviendra

OPINION / Depuis le 12 mars, la Mauricie a suivi toutes les recommandations de la santé publique: le confinement, la fermeture de nombreux établissements, la distance physique et les règles sanitaires. Comme tout le reste du Québec, nous avons écouté les points de presse du premier ministre François Legault. Ce dernier s’est révélé un excellent communicateur et un visage paternel rassurant dans cette période de stress et de crainte de l’inconnu.

Mais les Mauriciens et Mauriciennes ne sont pas restés terrés et repliés sur eux-mêmes pendant cette période. Ils n’ont pas attendu le Panier Bleu pour mettre en place toutes sortes de moyens afin d’aider leurs voisins, les producteurs et leurs commerçants à traverser cette crise. Je ne compte plus les initiatives encourageant l’achat local et les pages Facebook facilitant le commerce ou les échanges.

Le gouvernement Legault semble avoir apprécié ce moment de pouvoir presque total. Une période sans entrave. Une période où les oppositions se sont tues pour laisser place à la gestion de la crise. Afin de garder ce pouvoir un peu plus longtemps, le gouvernement Legault a imaginé le projet de loi 61. Sous le prétexte de favoriser la reprise, le gouvernement voulait:

- maintenir les mesures d’urgence pour une période indéterminée;

- permettre au gouvernement d’accorder des contrats de gré à gré, en plus d’imposer ses propres conditions;

- permettre au gouvernement d’alléger les règles environnementales.

Recommençons en mieux

Dès le début du confinement, j’entendais dans les chaumières (ou sur les trottoirs pendant les innombrables marches, ou dans les files d’attente) la population dire: «Oui à une reprise! Mais ne revenons pas comme avant». «Faisons mieux». «Il ne faut pas refaire les mêmes erreurs».

Le projet de loi 61 fait exactement ce que la population craignait. Et ce n’est pas moi qui le dis. Les experts le disent! Nous avons écouté les experts lorsqu’est venu le temps du confinement. Écoutons encore les experts lorsqu’il est enfin venu le temps du déconfinement.

Les experts en environnement

Plus de 1100 scientifiques en environnement ont signé une lettre prévenant des dangers de ce projet de loi pour l’environnement.

Équiterre, qui dénonce aussi le projet de loi, souligne que l’environnement n’est pas un obstacle à la reconstruction. Ce n’est pas surprenant si 67 % des Québecois souhaitent qu’un Québec sorti de la crise de la COVID-19 priorise d’abord et avant tout la santé, l’environnement et la qualité de vie, plutôt que la croissance de l’économie.

Les experts contre la corruption

Le comité public de suivi des recommandations de la commission Charbonneau dénonce aussi le projet de loi 61 en mentionnant que l’article 50 va «à l’encontre de toutes bonnes pratiques de saine gestion des marchés publics». La Presse du 9 juin cite: «le projet de loi sur la relance accélérée de l’économie du gouvernement Legault ouvre la porte à "l’émergence de corruption, de collusion" en plus de représenter une "opportunité" pour le crime organisé, estiment le Comité de suivi de la commission Charbonneau et le Bureau de l’inspecteur général de Montréal (BIG)».

De son côté, le syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), ceux-là mêmes qui avaient été les témoins impuissants de la corruption, craint un bar ouvert à la corruption.

Le Protecteur du citoyen a pour sa part recommandé de limiter à six mois et non à deux ans la prolongation de l’état d’urgence sanitaire. Il recommande que le gouvernement soit soumis à toute une série de redditions de comptes, lesquelles sont presque inexistantes dans le projet de loi.

un danger pour tous

Le gouvernement le dit: le projet de loi 61 sera de retour à l’automne. Il le sera sous la gouverne de la ministre Sonia LeBel, députée de Champlain. Cette dernière avait appuyé la première mouture du projet de loi malgré tous les feux rouges allumés prévenant les risques du retour de la corruption. Sonia LeBel a beau avoir à fustiger les témoins les plus récalcitrants de la commission Charbonneau, elle ne peut, à elle seule, contenir les loups qui rôdent. Car rappelons-nous que les principaux acteurs de la corruption sont encore libres et attendent des vents plus favorables. Le projet de loi 61 pourrait facilement leur donner un vent de dos. Le gouvernement Legault s’est construit une belle réputation pendant cette crise sanitaire. Mais comme le dit Warren Buffet, «il faut 20 ans pour construire une réputation et cinq minutes pour la détruire».

Simon Piotte

Charette