Cette photo a été prise il y a exactement un an, le 2 mai 2018. Les professeurs de l’UQTR se rassemblaient à la suite de l’annonce d’un lock-out par la direction de l’établissement. Un an plus tard, le Syndicat estime qu’il reste des plaies encore très vives et plaide notamment pour le retour d’un esprit de collégialité et de service public au sein de la direction et du corps professoral.

Le lock-out comme symptôme d’une gouvernance déficiente

OPINIONS / L’auteur, Gilles Bronchti, est président du Syndicat des professeurs et professeures de l’Université du Québec à Trois-Rivières (SPPUQTR).

«L’UQTR est une grande université dans le cœur et l’esprit de tous les membres de notre communauté universitaire.» C’est par ces mots que commençait le message du recteur M. Daniel McMahon annonçant, dans la nuit du 1er au 2 mai 2018, aux 450 professeurs qu’un lock-out avait été décrété. Pourtant, le recteur et le conseil d’administration annonçaient, par ce message, que cette «grande université» pouvait se passer de ses professeurs et, qu’en été, les professeurs ne servaient à rien.

Ce geste jeta la consternation chez les professeurs et chez les étudiants. Comment cette institution publique d’enseignement supérieur en est-elle venue à se comporter en entreprise privée? Bien entendu, le financement anémique peut être servi comme justification, mais il n’excuse pas une mauvaise gouvernance.

La direction de l’UQTR s’est servie du lock-out comme stratégie de négociation avec les professeurs dans le cadre du renouvellement de la convention collective. Rien ne laissait présager que le respect de la communauté, la transmission de la connaissance et la recherche, ces pierres d’assises d’une université allaient être supplantés par le dogme de la saine gestion. Le lock-out confirme la dérive de notre réseau universitaire où la comptabilité oriente les stratégies institutionnelles et dicte les actions à entreprendre au détriment de la mission même de l’Université. L’Université veut rentabiliser l’enseignement et la recherche et les professeurs ne représentent qu’un coût, une charge pour les finances de l’université.

En ce 2 mai 2019, les professeurs soulignent le 1er anniversaire de ce geste qui aura eu des conséquences négatives sur plusieurs aspects, dont le cheminement normal du parcours universitaire de plusieurs étudiants, la charge de travail de rattrapage infligée aux professeurs, de nombreux effets sociaux et psychologiques et, surtout, un bris de confiance entre l’administration et ses professeurs. Peut-on même dire «ses» professeurs?

Pour que plus jamais ne se reproduise une telle négation de l’essence même de l’Université de la part de l’administration, les professeurs devront réfléchir sur l’université du 21e siècle qu’ils souhaitent. Par la suite, ils devront travailler à recréer cet esprit de collégialité et de service public qui animait jadis l’université.

L’administration de l’UQTR devra elle aussi faire ses devoirs: reconnaître ses erreurs et faire sa part du chemin vers l’Université de demain. Personne ne peut se vanter d’avoir gagné lorsque l’UQTR reste, déchirée, la grande perdante de l’histoire.