Le larvicide BTI épandu en Mauricie… sans acceptabilité sociale

OPINIONS / Avec le rappel des opérations d’épandage du BTI, un larvicide biologique contre les insectes piqueurs dans plusieurs secteurs de la ville, plusieurs citoyens inquiets sonnent l’alarme. Ils ont fouillé l’historique de cette opération et M. Larry St-Pierre, un résident du lac des Piles, vient d’interpeller le maire de Shawinigan à ce sujet. De leur côté, Mme Francine Lupien a observé la disparition des oiseaux dans la forêt des Trente Arpents de Pointe-du-lac et Mme Chantal Caron de Shawinigan décrit bien la situation et les «dommages collatéraux» de ces épandages écocidaires.

Dans la revue Québec science du 7 août 2010, Ariane Aubin décrit très bien l’origine de la problématique des nuisances des insectes piqueurs: le Groupe de recherche sur les insectes piqueurs (GRIP) formé d’entomologistes et de microbiologistes de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), a étudié cette problématique. Leurs recherches sur un produit vedette étaient un symbole des progrès effectués en matière de lutte biologique: le Bacillus thuringiensis israelensis (BTI).

Après les études du GRIP, d’anciens étudiants de l’UQTR ont fondé GDG Environnement pour appliquer le BTI localement puis provincialement. Ils ont ainsi proposé leurs services d’épandage du BTI à de nombreuses villes… pour tenter d’apaiser les nuisances aux citoyens avides de plus de confort durant la fin du printemps et le début de l’été. Car les mouches noires, taons et moustiques peuvent devenir de sérieuses nuisances lorsqu’ils prolifèrent à proximité de villes ou d’installations touristiques. C’est pourquoi un nombre grandissant de villes ont fait appel aux services d’entreprises de contrôle des insectes piqueurs.

Comme ce produit semble être non toxique pour la plupart des autres insectes ou animaux et les humains, le BTI représente, de l’avis de plusieurs chercheurs, une solution écologiquement acceptable pour plusieurs municipalités à condition d’être utilisé à échelle restreinte.

En Mauricie, les administrations urbaines, sous la gouverne des lobbyistes de GDG Environnement, ont lancé les opérations d’épandage sans coup férir ni consulter la population qui restait dans l’ignorance totale de ces larvicides.

Mais...

Les moustiques, mouches noires et autres hématophages ne sont pas que des enquiquineurs. Ils représentent une biodiversité d’une richesse insoupçonnée et jouent un rôle écologique de premier plan. Ce que les chercheurs orientés du GRIP et autres promoteurs du BTI n’ont pas considéré et pour cause…

Plusieurs citoyens de la Mauricie, de Labelle, de Gatineau, sont inquiets et l’ont exprimé récemment. Ils sonnent l’alarme en argumentant le principe de précaution: les hirondelles, les chauves-souris et autres insectivores ont perdu leur pitance journalière: leurs populations diminuent.

Récemment, la chercheure Brigitte Poulin, docteure et chef du département des écosystèmes à l’Institut de recherche Tour du Valat en France a développé une expertise unique sur le suivi des effets du BTI sur la faune non-ciblée. Elle a présenté les résultats de ses recherches effectuées en Camargue, près de Marseille, lors d’une conférence tenue récemment à Montréal et les résultats nous révèlent les effets indirects de la démoustication.

C’est à se dresser les cheveux sur la tête!

Le Service du développement durable de Trois-Rivières pourrait-il mettre à jour ses connaissances sur l’épandage des BTI afin de bien conseiller la nouvelle administration trifluvienne et ainsi reconnaître les légitimes inquiétudes des citoyens? Trois-Rivières ne doit pas devenir une ville «T-Rès écocidaire»!

Les «compensations» des payeurs de taxes de plusieurs districts ciblés enrichissent les épandeurs de BTI depuis une dizaine d’années. Ce budget annuel d’un million de dollars environ devrait plutôt servir pour expérimenter des approches alternatives plus ciblées et moins invasives pour l’environnement et améliorer ainsi le confort individuel des citoyens.

Philippe Giroul

Trois-Rivières