L’année qui s’achève a été marquée par plusieurs rebondissements, notamment en matière policière. Robert Lafrenière (à gauche) a dû défendre le travail de l’UPAC, alors que son gendre, Martin Prud’homme (à droite), sera prêté par la Sûreté du Québec au SPVM à la suite de la suspension de Philippe Pichet. En résumé, selon Yves-François Blanchet, les principaux corps policiers du Québec «convergent autour de la farce d’une seule dinde ce Noël».

Le grand vent se fait attendre

L’auteur, Yves-François Blanchet, a été député et ministre dans le gouvernement de Pauline Marois. Il est aujourd’hui chroniqueur et analyste, notamment à l’émission Les Ex, sur ICI RDI.

Courbée sous les controverses, anxieuse de céder le pas à 2018, 2017 sera bientôt une année à laquelle on référera en commençant par «Te rappelles-tu…?» C’est le moment des bilans. Comment brosser le portrait d’une année où le scandale du jour est aussitôt soufflé par l’indignation du lendemain? 

Les médias ont occupé le centre de leurs propres contenus en 2017. Espionnage de journalistes par le Service de police de la Ville de Montréal d’abord – dont on découvrira bientôt que la Sûreté du Québec s’y serait adonnée aussi –, arrestation saugrenue du député Guy Ouellette par l’UPAC sous des motifs similaires, irresponsabilité puis lynchage en bonne et due forme d’Yves Francoeur, dépôt du rapport de la Commission Chamberland… 

Les fuites à la Une de nos journaux sont présumées faites par des policiers. Sonneurs d’alertes, manque de confiance envers leurs propres corps policiers, luttes de pouvoir intestines…? Il y a là un mal à attaquer de front dans des institutions dont la culture en est d’abord une du secret. 

Robert Lafrenière se met en scène, allant jusqu’à promettre une amnistie aux politiciens si certains d’entre eux, passés ou actuels, devaient être l’objet de perquisitions ou d’arrestations au cours de la campagne électorale en 2018. Rien de moins! Pendant ce temps, son gendre, Martin Prudhomme, sera prêté par la Sûreté du Québec au SPVM. En résumé, les principaux corps policiers du Québec convergent autour de la farce d’une seule dinde ce Noël.

Le 2 octobre 2018, un nouveau gouvernement prendra les commandes. Québec Solidaire et le Parti québécois ne sont pas dans la course. L’un promet d’accentuer son ascension, l’autre de contenir sa chute. Gouvernement probablement minoritaire – personne ne mérite un mandat de quatre ans – formé par la Coalition Avenir Québec de François Legault si le PLQ ne parvient pas à racheter le cœur des Québécois avec les surplus soutirés aux plus vulnérables d’entre eux. 

Élection déterminante pour les chefs des partis. Si on exclut QS et le chef du futur gouvernement, on imagine mal aucun de ces hommes d’une autre époque demeurer en poste après une défaite. Qui s’éveillera animé d’une fébrilité toute personnelle le 1er janvier? Pierre Moreau, Martin Coiteux, Dominique Anglade…? Alexandre Cloutier, Véronique Hivon, Pascal Bérubé, Jean-Martin Aussant? Pierre-Karl Péladeau?!

Qui aurait cru en 2005 que douze ans plus tard, c’est grâce au Québec que le fils Trudeau se maintiendrait en avance dans les sondages au Canada à la tête du parti du scandale des commandites? Les conservateurs du Québec, Alain Rayes et Gérard Deltell en tête, font un travail dévastateur contre le gouvernement, mais leur nouveau chef, Andrew Scheer, peine à s’imposer. Il ralentit son parti. 

Moins que Jagmeet Singh, qui échoue à être davantage qu’une curiosité à laquelle les électeurs refusent de promettre le x du pouvoir. Au Québec, le NPD s’effondre malgré le talent des Nantel et Boulerice que le gouvernement a lui-même propulsés à l’avant-scène avec ses déceptions éthiques lamentables et le dossier honteux de Netflix. Le Bloc québécois de Martine Ouellet se cherche, pansant les plaies de divisions profondes et traînant le boulet d’une chef qui s’accroche aux avantages de son siège à l’Assemblée nationale du Québec. Bref, personne ne semble en voie d’investir le terrain que les libéraux fédéraux laissent en jachère sous l’œil discret et inquiet de leur future étoile de la Mauricie, François-Philippe Champagne. Le PLC et la politique canadienne ont un faible pour Shawinigan.

Que promet 2018? Peu de choses auxquelles on croira. Les victimes des terribles inondations sont davantage certaines que ça se reproduira qu’elles ne le sont d’être dédommagées auparavant. Le secteur le plus touché en Mauricie est dans un comté qui passerait aux couleurs bleu pâle de la CAQ, de même que ceux de Champlain et Trois-Rivières. Les paris sont ouverts quant aux chances de Julie Boulet de prouver que personne, personne ne peut la déloger de Laviolette–Saint-Maurice. Surtout pas Pierre Giguère, qui fantasme de lui ravir la candidature libérale. Quant à nos maires, ils regardent vers le Montréal de Valérie Plante avec une tronche inquiète en se comptant chanceux que la vague de changement municipal qui a ébranlé le Québec les ait affaiblis sans les emporter.

Désormais, le mot changement ne veut plus rien dire tant chacun s’en revendique, de Bernie Sanders à Donald Trump, de Gabriel Nadeau-Dubois à François Legault, de Valérie Plante à… Philippe Couillard! Il ne peut y avoir qu’une seule source de changement et d’optimisme et elle appartient aux citoyens appelés aux urnes le 1er octobre 2018, quel que soit leur choix. Espérons que le premier changement sera la fin d’une culture où le corps de la femme est à la merci de trop d’hommes qui ne méritent pas de circuler librement dans nos rues et nos institutions. 

Le Grand vent tant attendu emportera-t-il les vestiges d’un passé qui s’attarde pour libérer un avenir plus écologique, plus généreux pour nos aînés et nos jeunes et qui donnera de nouveau des raisons de se dresser en peuple fier?