Le gouvernement reconnaît le problème de rémunération dans les résidences privées, mais pour combien de temps?

OPINION / L’auteur, Luc Vachon, est président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD).

Le gouvernement du Québec a annoncé une enveloppe de 287 millions $ pour bonifier temporairement la rémunération des travailleurs de la santé. Pour les travailleurs du secteur public, une prime de 8 % ou 4 % en fonction de la nature du poste et pour les préposés aux bénéficiaires qui travaillent dans les résidences privées, ces mesures prévoient une augmentation du taux horaire de 4 $.

Bien que nous saluons la volonté du gouvernement de bonifier la rémunération de ces travailleurs, nous y voyons également des injustices. Une prime au pourcentage attribue une prime différente en fonction du salaire de base. Une prime de 4 % pour un travailleur qui gagne 13 $ l’heure représente une augmentation de 0,52 $ tandis que pour un travailleur qui gagne 35 $ l’heure, cela représente 1,40 $ de bonification. La bonification varie selon le revenu, mais le risque lui ne fait pas la distinction.

Pour ce qui est des mesures touchant le secteur privé, le gouvernement du Québec constate enfin que les préposés aux bénéficiaires ne sont pas suffisamment payés. Nous ne pouvons pas être contre ce constat, cela fait des années que nous réclamons de meilleurs salaires pour ces salariés. Toutefois, ce n’est pas seulement les préposés aux bénéficiaires qui touchent un faible revenu. C’est le cas pour l’ensemble des travailleurs des résidences privées. Oui, il y a les préposés aux bénéficiaires, mais que fait-on des employés d’entretien, par exemple?

Le gouvernement le martèle depuis des semaines: les résidences pour les personnes âgées représentent un haut facteur de risque pour la transmission de la COVID-19. Nous ne pouvons pas accepter que des travailleurs s’exposent à de tels niveaux de risques pour des salaires avoisinant le salaire minimum.

Il est primordial que la pandémie fasse prendre conscience au gouvernement qu’en 2020, ce n’est pas concevable de demander à des personnes de travailler pour des salaires aussi bas. Il faut que cette prise de conscience le soit tout au long de l’année pour l’ensemble des travailleuses et des travailleurs. En plus de revoir la question de l’augmentation du salaire minimum à 15 $ l’heure, il faudrait s’interroger sur les moyens de corriger cette situation de façon durable. Pourquoi ne pas envisagé un décret de convention collective pour les préposés aux bénéficiaires? Leurs conditions de travail entraînent un malaise collectif et le ministre du Travail a déjà démontré de l’ouverture sur cette question.