La pénurie de préposés aux bénéficiaires fait rage au Québec. On estime à plus de 32 000 le nombre de postes qui devront être comblés d’ici cinq ans.

Le gouvernement instaure une bourse pour soutenir des études... qu’il ne reconnaît pas

OPINIONS / L’auteur, Frédéric Brisson, est président du Conseil provincial des affaires sociales (CPAS) du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Le CPAS représente plus de 25 000 membres.

Le 14 août dernier, trois ministres présentaient un nouveau programme qui permettra à 2000 futurs préposés aux bénéficiaires (PAB) d’obtenir une bourse de 7500 $ chacun. L’ironie? Le gouvernement s’entête à ne pas reconnaître la formation qu’il subventionnera dans le calcul du salaire des PAB.

La pénurie de PAB fait rage au Québec. On estime à plus de 32 000 le nombre de postes qui devront être comblés d’ici cinq ans. Ceux qui pratiquent ce métier doivent pallier quotidiennement cette pénurie. Bien qu’ils mettent les bouchées doubles pendant leur quart de travail, leurs journées et semaines s’allongent au gré des heures supplémentaires et des heures supplémentaires obligatoires.

Les conséquences sur l’état de santé, particulièrement psychologique, des salariés contraints à ce régime sont dramatiques. Résultat: un pourcentage accablant de PAB se retrouve en arrêt de travail. Un nombre alarmant se résout à quitter une profession qu’ils auraient pourtant aimé pratiquer dans d’autres conditions.

Cette annonce englobe plusieurs incohérences. Premièrement, le gouvernement refuse avec acharnement de reconnaître la formation des PAB dans le calcul du rangement, lequel est déterminant pour le salaire. Il subventionnera donc une formation qu’il ne reconnaît pas en tant qu’employeur.

Deuxièmement, bien que le mot «rétention» soit récurrent dans le communiqué qui annonce le programme, aucune mesure ne s’adresse au personnel en poste. Or, puisque les conditions actuelles engendrent une hémorragie du personnel chevronné, des efforts afin de le retenir doivent être déployés.

Troisièmement, même s’ils seront boursiers, les futurs PAB que ce programme générera risquent d’en venir aux mêmes constats que ceux qui pratiquent actuellement le métier. Soit que les conditions de travail ne sont ni propices à la préservation de leur santé ni favorables à la conciliation travail-famille. Les risques sont grands, qu’à bout de souffle, ils décident de quitter la profession.

J’encourage le gouvernement à miser sur ses employés actifs et à mettre en place les mesures nécessaires à leur rétention. Une première mesure cruciale serait de reconnaître la formation des PAB dans le calcul de leur salaire.