L’auteur de cette lettre souhaite que le gouvernement fédéral agisse sous peu pour aider les médias écrits.

Le gouvernement fédéral doit poser des gestes concrets

L’auteur, Paul Lavergne, est président du conseil central Cœur-du-Québec de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

Depuis une dizaine d’années, les médias écrits du pays, qu’ils soient produits sous format papier ou numérique, traversent une crise économique sans précédent. En moins de dix ans, des centaines d’hebdomadaires et des dizaines de quotidiens de divers pays ont mis la clé sous la porte et le Québec n’y a pas échappé.

Le jour où nous n’aurons plus que des nouvelles de l’échangeur Turcot (Montréal) parce que des médias de la Mauricie et du Centre-du-Québec auront fermé sera un jour sombre. Il est impératif de stopper l’hémorragie. Plusieurs organisations ont déjà rencontré le gouvernement Trudeau et sonné l’alarme à ce sujet. Des études existent, des études indépendantes et bien documentées. Elles ont fourni des pistes de solutions concrètes pour assurer la survie du «journalisme professionnel» (à différencier des commentateurs et radios d’opinion) au pays et dans nos régions. À titre d’exemple, et sans être une panacée, un programme de crédits d’impôt sur la masse salariale donnerait de l’air aux salles de nouvelles.

Mais voilà, le gouvernement tarde à agir, nous l’avons constaté avec Netflix, sans l’appui de l’opinion publique, les politiciens sont réticents à bouger. Mais si rien n’est fait, de plus en plus de journaux continueront de fermer. La population aura moins d’information et plus de fake news. Ne rien faire, c’est laisser mourir la démocratie, qui, faut-il le rappeler, est en partie basée sur la capacité des médias d’assurer un rôle de chien de garde des décisions politiques ou des gens au pouvoir. Qu’on pense seulement aux commissions d’enquête, aux lanceurs d’alertes, etc.

Si le gouvernement fédéral ne pose pas de gestes concrets prochainement, soit à l’occasion de la mise à jour économique prévue en novembre, soit lors du prochain budget fédéral, d’autres médias écrits vont disparaître et la Mauricie et le Centre-du-Québec pourraient perdre leurs médias régionaux. Nous sommes particulièrement à risque au Canada, parce que l’aide gouvernementale est très faible si l’on se compare à l’ensemble des pays occidentaux.

La vie économique, culturelle et sportive des différentes régions du pays ne peut pas se résumer à cinq minutes au téléjournal du soir.

Le problème c’est que les géants américains du web ne produisent pas de contenu, mais ils engrangent plus de 70 % des revenus publicitaires. Ils ne font que relayer la nouvelle écrite par d’autres. Le modèle classique de financement par les abonnements et la publicité est brisé et la survie du vrai journalisme est menacée à moyen et long terme. Si les salles de nouvelles et nos médias écrits ne suivent plus, qui parlera de nous?

Des solutions existent. Donner aux quotidiens et aux hebdomadaires un accès au Fonds du Canada pour les périodiques, accompagné d’une enveloppe bonifiée, des crédits d’impôt d’une valeur de 35 % des dépenses salariales pour les entreprises de presse, ainsi qu’un fonds destiné à la pérennité de la production d’information. À moyen terme, établir un nouveau modèle de financement des agrégateurs de contenu comme Google et Facebook.

N’hésitez pas à interpeller votre député régional sur cette question.