Le gouvernement doit modifier son approche

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / Après avoir été en mode défensif face à la COVID-19, je crois que maintenant le gouvernement du Québec doit commencer à modifier son approche. On est presque rendu à un point de non-retour. Les banquiers croulent sous les demandes de report de crédit, les PME sont sur la corde raide, plusieurs restaurateurs vont bientôt fermer leurs restaurants et bars, les petits commerçants perdent leur clientèle au profit de multinationales américaines. Ajoutons à cela que le tourisme et les festivals sont morts jusqu’à l’année prochaine avec tous les emplois saisonniers qu’ils apportaient et on se retrouve avec une situation qui risque d’être explosive.

Le premier ministre, François Legault, nous a dit: «On a un devoir de protéger les aînés». Soit, c’est très noble, mais pour protéger une classe de la population, on paralyse jusqu’au début mai toute une population active. Selon les statistiques évoquées par le premier ministre, 90 % des personnes décédées des complications de la COVID-19 ont 70 ans et plus, et 9 % entre 60 et 69 ans. Pourquoi alors on immobilise toute la population aussi longtemps?

Pourquoi n’a-t-on pas pris rapidement les mesures nécessaires pour protéger les gens les plus à risque? On connaissait les statistiques de la Chine avant que le virus n’arrive ici. Avoir agi plus radicalement en fonction de la population à protéger aurait été approprié.

On hospitalise encore les malades de la COVID-19 avec les autres malades dans les hôpitaux. Selon Johanne Liu, ex-présidente de Médecins sans frontières et spécialiste des épidémies, il faut mettre en place des «centres COVID», c’est-à-dire mandater des hôpitaux ou endroits spécifiques pour prendre en charge les personnes infectées afin de les isoler des autres malades. On ne doit pas traiter les gens avec des complications de la COVID-19 dans les mêmes hôpitaux que les gens non infectés.

Mme Liu prône un circuit fermé de patients COVID, il faut avoir un personnel dédié à ça, pas un personnel qui passe de patient positif à patient négatif parce qu’on sait qu’à chaque fois que l’on change de vêtement ou de protection personnelle, il y a toujours un risque de contamination. On doit amenuiser ce risque.

Selon les statistiques des autres pays, entre 15 et 25 % du personnel soignant s’infecte. Il faut les protéger, ils sont importants, nous sommes en situation de pandémie. Il faut leur donner une protection adéquate.

«Tout le système de santé sera en surrégime au cours des prochaines semaines, il ne faudra pas hésiter à accepter l’aide d’étudiants en médecine ou d’immigrants qui ont des diplômes de médecine même s’ils ne peuvent pas pratiquer ici», estime la spécialiste de l’OMS.

Il faut aussi commencer le plus tôt possible à permettre aux gens de retourner au travail. Ces gens vont développer des anticorps et on va lentement aplanir la fameuse courbe. On doit y aller progressivement par groupe de travailleurs. Laissons la construction se remettre au travail et les jeunes travailler et étudier. On sait maintenant que les moins à risques sont les citoyens les plus jeunes. S’isoler indéfiniment n’est pas une solution viable à long terme.

Les gènes du nouveau Coronavirus sont différents d’environ 20 % de ceux du virus SRAS. Les épidémiologistes ne peuvent pas prédire précisément selon ce qui s’est passé avec le virus SRAS comment ce nouveau virus réagira. Mais ils savent qu’il se développe à peu près de la même manière. S’il y a une bonne réaction de la part de la santé publique en retournant les gens au travail par groupes précis le plus rapidement possible et en isolant les personnes exposées et en les traitant de façon appropriée, nous pouvons y mettre fin.

Il y a des gens qui guérissent du coronavirus, on peut dire sans crainte de se tromper qu’ils ont développé les anticorps nécessaires à cette guérison. Le docteur Karl Weiss du département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’Université de Montréal nous dit que plus il y aura de gens infectés et guéris ayant développé des anticorps, plus le virus perdra de sa capacité à infecter les gens.

Nos gouvernements ont posé les premiers gestes nécessaires pour contenir la COVID-19. La distanciation sociale a été un excellent moyen à prendre pour commencer à agir sur la pandémie, mais il faut maintenant passer à une action plus agressive. Il faut que le gouvernement soit pro-actif et qu’il agisse pour bien isoler les personnes à risque et redonner à la population active un semblant de vie normale. Et suite à cela, «tout va bien aller».

Claude Trudel

Trois-Rivières