L’auteur de ce texte propose que les professeurs intentent un recours collectif, non pas contre le principe du lock-out puisqu’il est admis juridiquement, mais plutôt pour les conséquences individuelles et les répercussions de cette insurrection patronale sur leur carrière.

Le «gestioterrorisme» de haut niveau…

Et dire que nous avons toujours cru que le milieu de l’éducation, notamment celui de l’éducation supérieure, demeurerait à jamais un lieu de dialogue, d’épanouissement intellectuel, d’ouverture d’esprit et de liberté d’expression… Ah! Sacré père Noël!

Les Joe, Jack, William et Averell ne sont pas tous dans les bandes dessinées; nos «docteurs universitaires» doivent affronter les «Daltons» qui se cachent maintenant sous la toge de leurs avocats et ne jurent que par la «juristerie»!

Ce lock-out, imposé par l’Université, démontre une récente tendance à recourir systématiquement au droit; la gestion des ressources humaines et ses «patrons-tortionnaires» ont évolué: les juristes, les avocats, les conseillers juridiques, les recours en justice et les précédents sont maintenant leurs compagnons d’armes!

L’augmentation fulgurante des frais juridiques de l’UQTR, depuis les dernières années, témoigne de cette «évolution gestioterroriste» au juridisme outrancier, aux hypocrites actions provocantes et aux intérêts patronaux exclusivement.

Ce «soulèvement patronal» n’est-il pas un acte de non-confiance envers ses professeurs? Ne s’agit-il pas d’un viol intellectuel? N’est-ce pas là une trahison organisationnelle? Peut-on même penser qu’il s’agit ici d’une action qui s’apparente à un congédiement collectif?

Ce type de gestion impose systématiquement l’usage de la stricte légalité et de l’unique plaidoyer contre la moralité d’une discussion, d’un échange ou d’une entente: on s’assure ainsi de «contrôler» ses ressources humaines.

Voilà probablement la raison de tant de conflits traités en matière de jurisprudence et en doctrine plutôt qu’en matière d’obligations de loyauté, de comportements moraux et d’attitudes humaines.

La légalité, on le sait tous, ne garantit pas la moralité: ce juge de la Cour supérieure du Canada (Tardif c. Latulippe, QCCS 762) qui précise à Madame Tardif (article 41 des motifs du jugement) «…vous avez vraiment toute ma sympathie, mais je dois juger en droit, malheureusement pour vous…», ne démontre-t-il pas de sévères limites au recours exclusif du droit pour régler un litige? Pour respecter la loyauté institutionnelle? Pour résoudre un conflit impliquant des hommes et des femmes de bonne volonté?

Quoi qu’il en soit, c’est en langage d’euphémismes et de néologismes métaphoriques qu’on nous signifie que «tout va bien dans notre ‘‘shop du savoir’’!».

Soit! Les employés, notamment les professeurs, et les syndicats devront combattre ce «mode gestioterroriste»; ils devront songer à créer une «potion vermifuge» afin d’expulser les «vers parasitaires» du processus de gestion des ressources humaines.

Plusieurs professeurs de l’UQTR ont exposé publiquement leurs doléances, dénoncé le geste agressif de l’Université, exprimé leur opinion, déprécié avec force le stratagème imposé par le recteur et le conseil d’administration; beaucoup, vraiment beaucoup de réactions individuelles face au lock-out.

Mais, le peu de «commentaires solidaires», l’individualisme, l’égocentrisme d’intellectuels et les «déclarations individuelles» semblent paralyser tant les actions que les réactions.

Savez-vous qu’au mois de mai 2018, pour la première fois au Canada, une action collective a été autorisée contre un individu?

Le juge Donald Bisson, expert en matière d’actions collectives, implantait une ère évolutive du droit: «Une action collective […] permet à toutes les victimes de comprendre qu’elles ne sont pas seules, que les agressions ne sont pas de leur faute et que si elles ont le courage de venir de l’avant pour dénoncer […] elles rendront plus vraisemblables les récits des autres victimes.».

Les centaines de professeurs, les élites intellectuelles et les modèles sociaux que sont ces professionnels du savoir devront s’ajuster à la réalité; qu’ils se judiciarisent!

Qu’ils intentent un recours collectif, non pas contre le principe du lock-out puisqu’il est admis juridiquement, mais plutôt pour les conséquences individuelles et les répercussions de cette insurrection patronale sur chacune des carrières des professeurs.

Nous verrons alors de quels chefs d’accusation est passible une rébellion patronale qui a provoqué tant de dommages intellectuels, humains et sociaux!

Par exemple, que le regroupement des syndicats de l’Université présente à la ministre David une «résolution collective», appuyée par des résolutions départementales, par le regroupement des chercheurs, par l’appui des étudiants, des retraités, des services, des gens de la communauté trifluvienne et de représentants politiques, afin de démontrer et prouver les effets néfastes et permanents auprès de chacune des victimes.

Une seule résolution, réclamant la démission immédiate du recteur et du président du CA et des cadres qui ont été impliqués dans le rapport de la vérificatrice générale du Québec… Madame la ministre David serait face à l’évidence de reconnaître alors la volonté du peuple; la démocratie parlera alors plus fort que la «justice patronale» et son «gestioterrorisme»!

Pour qu’enfin la gravité des séquelles, laissée par cette machiavélique action, soit démontrée et reconnue, que la résolution d’intenter un recours collectif contre une «personne morale» au comportement socialement répréhensible soit adressée aux autorités!

Que les «gestioterroristes» soient jugés… et déclarés coupables de «génocide intellectuel et moral» de centaines de professeurs universitaires et de milliers d’étudiants et d’employés!

Jean Paquette

Trois-Rivières