Aux grandes intersections de la ville tout comme à proximité des bretelles d’autoroute, les pancartes se multiplient et, selon l’auteur de ce texte, défigurent le paysage et constituent une distraction pour les automobilistes. Cette photo a été prise mercredi à l’intersection des boulevards des Forges et des Récollets. À cet endroit, c’est près d’une quinzaine de panneaux temporaires qu’on retrouve.

Le Festival de la pancarte

OPINION / Au printemps, les tulipes et diverses espèces florales émergent du sol. Et à Trois-Rivières, notamment à l’angle des boulevards des Récollets et des Forges, le coroplast et les «2 par 4» aussi.

À Trois-Rivières, au printemps et pour presque toute l’année, c’est le festival de la pancarte. Pendant des décennies notre ville fut reconnue «Capitale mondiale du papier journal»; bientôt on lui accolera l’étiquette de «Reine du coroplast et du 2 par 4». Quelle laideur et pollution visuelle! Dans une autre vie, j’ai eu à sillonner les routes de plusieurs coins de l’Amérique du Nord et j’ai rarement, pour ne pas dire jamais, noté pareil dégât en pleine ville. Il y avait bien Pointe-au-Chêne avec son gros hot dog annonçant le festival du roteux et Plaisance qui disait nous ouvrir la porte avec une porte entrouverte dans son cadre, grandeur réelle... du folklore, quoi. Mais ici c’est actuel et ça se détériore d’année en année. Ma ville a mal à sa fierté et que dire de celle de notre conseil municipal.

Dimanche 27 mai au carrefour des boulevards des Récollets et des Forges, à titre d’exemple précis, je dénombre quinze de ces affiches et pancartes de tout acabit devant, derrière, à côté des arrangements de fleurs et végétaux qui, je le suppose, devraient «enjoliver» cet axe à forte densité de circulation. Il en est de même aux quatre coins de la ville, quelle horreur! À tous les ans, des employés municipaux et probablement des sous-contractants se préparent pour mettre en place et entretenir des arrangements en mosaïques de fleurs et végétaux selon des thèmes à des carrefours ciblés ainsi que des bacs fleuris sur les îlots des boulevards et irrémédiablement, à tous les ans, ils sont accompagnés de ces monstrueuses publicités.

En passant combien ça coûte fleurir la ville? Je n’ai aucun problème à ce que la ville investisse pour qu’elle soit fleurie notre cité, mais de grâce prenez des mesures pour rentabiliser les dollars avancés et cesser que le tableau soit gâché; autrement dit, en faire une saine gestion, n’est-ce pas votre boulot? Pas sorcier de comprendre que le but premier d’affiches c’est d’attirer l’attention, alors à nos élus porteurs du projet «Vision zéro» pour votre laisser-aller sur toutes ces affiches à tous les carrefours à haute densité de circulation de la ville, je vous donne zéro de vision!

Autre constat fort décevant: la plupart de ces publicités proviennent d’organismes paramunicipaux et parfois de la Ville elle-même. Les affiches du FestiVoix année après année remportent la palme pour le summum de la pollution visuelle de par leurs grandeurs, couleurs et abondance de texte… elles déguiseront le paysage au moins jusqu’en juillet et nous ne sommes qu’en mai. Pourtant, on nous annonçait récemment que tous les passeports étaient vendus; les pancartes serviront alors à quoi? Bientôt apparaîtront les affiches du Grand Prix. Je n’ai rien contre celui-ci; j’y ai été bénévole pendant 30 ans, mais force est d’admettre que nous sommes à l’ère numérique avec les téléphones intelligents et GPS, la plupart de ces panneaux n’ont plus leur raison d’être.

Avec l’amphithéâtre, les bateaux de croisière et la publicité, le nombre de touristes est définitivement en croissance chez nous. Est-ce que Trois-Rivières, «ville d’histoire et de culture» peut aussi être moderne, propre, fleurie et habitée par des gens fiers?

La plupart des villes ont un règlement sur l’affichage. Qu’en est-il à Trois-Rivières? De deux choses l’une: il est grand temps que les élus sortent de leur mutisme pour en adopter un qui fait du sens ou faire respecter celui qui existe. Les routes et autoroutes de la province ont un règlement, c’est ainsi que directement aux abords des voies de circulation, on voit de façon uniforme des affiches en bleu et blanc avec des dimensions respectueuses nous informant sur la présence et proximité de divers sites: marina, club de golf, amphithéâtre, etc. et il y a un coût pour afficher; il reste certains monstres avec des zones et distances de recul à respecter. La loi électorale comporte un règlement sur l’affichage qui limite, Dieu merci, la durée de la présence de cette pollution visuelle. Actuellement, chez nous, c’est l’anarchie, c’est n’importe quoi et n’importe où et on voit même que des agences immobilières sont entrées dans la danse.

Allez, à l’hôtel de ville! Retroussez vos manches, un peu de courage, au nom de vos concitoyens démontrez du bon goût, de la fierté et du respect pour notre environnement de vie.

Pierre Bellerose

Trois-Rivières