L’auteur de cette lettre, professeur à l’UQTR qui a vécu un lockout au printemps dernier, s’adresse au premier ministre François Legault.

Le droit d’utilisation du lock-out par un employeur doit être aboli

L’auteur, Ghyslain Parent, est professeur titulaire au Département des sciences de l’éducation de l’UQTR. Il adresse cette lettre au premier ministre du Québec, François Legault.

Monsieur mon nouveau premier ministre,

En juin dernier, j’écrivais, pour les mêmes motifs, à monsieur Philippe Couillard, alors premier ministre du Québec, et ma lettre est demeurée sans réponse satisfaisante. Je vous rappelle que je suis professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières depuis de nombreuses années. Malheureusement, à ma grande surprise, j’ai connu deux lock-outs. Je considère ce geste comme odieux, inhumain et contraire à toute éthique qui doit prévaloir dans ce monde universitaire où la nécessaire autonomie d’un professeur et la liberté académique ont été entachées par des décisions administratives d’une rare bassesse. En juin dernier, plusieurs députés et ministres ont officiellement dénoncé ces gestes déloyaux et considéraient les actes de nos administrateurs comme inacceptables.

Cette expérience malheureuse, vécue par les professeurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières, se maintient depuis des mois pour d’autres travailleurs de la région et cette situation passe honteusement sous silence. En tant que critique de la société, tel est mon mandat de professeur, je me dois de dénoncer les souffrances vécues par les travailleurs et je me dois d’inviter votre gouvernement à bannir ce moyen utilisé par les employeurs pour asservir et humilier des travailleurs qui ne demandent qu’à mettre tous leurs efforts et leur énergie à faire grandir le Québec. Comme je le disais en juin, plusieurs de mes amis et confrères belges m’ont certifié que le terme lock-out ne faisait pas partie de l’univers du travail de la Belgique et ils considéraient inadmissible qu’un «pays» comme le Québec utilise des moyens d’une telle envergure pour punir des travailleurs.

Cette affreuse expérience d’avoir été lockoutés a fait réaliser à l’ensemble des collègues de notre université que le lock-out était non acceptable dans une société civilisée. Ainsi, tout comme je le demandais en juin dernier, je vous propose de faire des pressions auprès des acteurs décisionnels du ministère du Travail afin qu’ils prennent tous les moyens pour bannir l’utilisation du lock-out du paysage du travail pour l’ensemble des employeurs du Québec. En juin, je disais que les hommes et les femmes d’honneur devaient s’unir pour faire cesser la misère et faire en sorte qu’aucun travailleur ne souffre des mauvaises décisions d’un employeur. Cette demande est encore d’actualité aujourd’hui. En ce sens, il est urgent que le gouvernement du Québec adopte des lois pour bannir à tout jamais le lock-out.

Par la présente, je profite de l’occasion pour demander également à mon propre syndicat de prendre tous les moyens pour soutenir mon action. Je n’aurai de repos que lorsque cet élément de torture ne sera plus entre les mains des employeurs du Québec pour contraindre des travailleurs à accepter des conditions de travail inacceptables.

J’invite mon syndicat, tout comme je vous invite, à m’aviser de vos efforts pour contrer et faire disparaître l’utilisation du lock-out.