En réaction à la récente sortie publique du président de la FQM relativement à l’avenir des journaux du Groupe Capitales Médias, l’auteur rappelle que des dizaines de municipalités aux quatre coins du Québec ont pris la décision de retirer les avis publics dans les médias locaux.

Le double discours municipal

OPINIONS / La menace de la fermeture des six quotidiens du Groupe Capitales Médias (GCM) a soulevé l’inquiétude des élus des différents paliers de gouvernement cette semaine. Si Québec envisage d’allonger une somme pour la survie, le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers, a lancé un cri du cœur en faveur de la survie de ces médias.

«Vous conviendrez avec nous que l’arrêt de la publication des journaux Le Soleil, Le Nouvelliste, Le Quotidien, Le Droit, La Voix de l’Est et La Tribune constituerait une catastrophe pour la vie économique et démocratique au Québec», peut-on lire dans sa déclaration rendue publique dans les différents quotidiens visés le 14 août dernier.

C’est ici que je m’indigne. Doit-on rappeler à monsieur Demers que la FQM a milité durant plusieurs mois lors du projet de loi 122 afin d’obtenir une plus grande autonomie dans la diffusion de l’information municipale?

Bien que je ne doute pas de la bonne foi de M. Demers, je l’invite à être conséquent dans ses propos. La Fédération québécoise des municipalités a déposé un mémoire dans le cadre de l’étude du projet de loi 122 en février 2017, alors que Philippe Couillard gouvernait la Belle Province. À ma plus grande surprise, on y lit que la FQM voulait une modification des lois gouvernementales sur les obligations municipales en matière de diffusion de l’information. Les municipalités voulaient se munir du droit souverain de choisir la plateforme de diffusion appropriée pour informer la population sur la vie municipale.

«Les municipalités auront désormais l’option, via l’adoption d’un règlement, de publier un avis public dans le journal local et/ou par affichage au bureau de la municipalité et, obligatoirement, sur Internet. Ce choix n’existait pas auparavant. Cette nouvelle possibilité constitue une modernisation dans les façons de faire des municipalités et suit le mouvement du numérique enclenché depuis plusieurs années dans les organismes publics», peut-on lire dans le mémoire de la FQM publié le 14 février 2017.

À peine la loi adoptée, il n’aura fallu attendre que quelques mois pour voir des dizaines de municipalités aux quatre coins du Québec prendre la décision de retirer les avis publics dans les médias locaux. On venait ainsi priver les médias locaux et régionaux de ces revenus nécessaires à leur fonctionnement. Une bonne vieille tactique qu’est celle d’affaiblir l’ennemi.

Combiné à la cannibalisation de près de 75 % revenus publicitaires par les membres du GAFA sur le territoire québécois au cours des cinq dernières années, les médias locaux et régionaux ont été relégués aux oubliettes par nos élus. Des centaines d’emplois ont disparu au cours de cette période.

Aujourd’hui, les acteurs politiques veulent se servir des deniers publics pour maintenir en vie les médias, alors que la préservation de nos sources d’informations locales devrait passer par nos actions. Si chaque municipalité se dotait d’un règlement qui prévoit un minimum de 50 % des avis publics et des communications publiques dans nos médias locaux ainsi qu’une politique qui exclut l’achat de publicités auprès des membres du GAFA, nous aurions déjà une partie de la solution.

Il serait peut-être temps que la FQM prenne ses responsabilités et invite les 1105 municipalités du Québec à emboîter le pas afin de sauver l’information locale et régionale sans quoi ce seront des journalistes de Montréal qui couvriront ce qui se passe en Gaspésie.

Carl Vaillancourt,

ancien journaliste

Saint-Hyacinthe