Comme l’ADQ de Mario Dumont dans le temps, la CAQ de François Legault n’a pas d’équipe derrière lui à nous proposer. C’est toujours le parti d’un seul homme.

Le discernement plutôt que le cynisme

En réaction à la lettre de Jacques A. Dion intitulée «À propos du cynisme», publiée dans notre édition du 5 janvier dernier.

Je ne peux qu’être d’accord avec les propos de M. Jacques A. Dion dans sa lettre du 5 janvier intitulée «À propos du cynisme», bien que j’y vois un peu de sollicitude envers le présent gouvernement.

Vous avez raison de dire que ce sont les médias qui se chargent de véhiculer cette attitude négative et qui par le fait même manipulent la conscience du peuple et l’amène à croire ce que l’on lui présente. Je crois cependant que l’action des débateurs, des blogueurs et des éditorialistes a beaucoup plus de poids car ce sont eux qui lancent les idées que la presse véhicule ensuite allègrement.

En 2007, Jean Lapierre, alors retiré de la vie politique, se promenait en province et chaque soir venait nous raconter, à TVA je crois, que l’ADQ de Mario Dumont était «l’alternative» à un parti qui était tout sauf transparent sous Jean Charest. L’affaire André Boisclair aidant, les médias ont emboité le pas, si bien que lors de l’élection qui suivit, le parti du petit Mario est devenu l’opposition officielle... Nous connaissons la suite.

Aujourd’hui, c’est Mario Dumont qui fait de même, en faveur de la CAQ qui dans les faits est issue des cendres de l’ADQ et n’incarne aucunement le «changement». Il le fait bien entendu au détriment du PQ. M. Legault, on le sait, est un ancien souverainiste qui se dit maintenant «nationaliste» mais dont les idées sont en réalité les mêmes que celles du Parti libéral.

Comme l’ADQ de Mario Dumont dans le temps, la CAQ de François Legault n’a pas d’équipe derrière lui à nous proposer. C’est toujours le parti d’un seul homme. Que fera-il, une fois élu, quand Ottawa lui refusera tout compromis et même toute négociation avantageant le Québec? Redeviendrait-il souverainiste, lui qui change si souvent d’idée? Pour citer Josée Legault: nous entrons dans «l’année de la pensée magique» et les Québécois sont «en appétit pour un changement».

Au risque de me faire traiter de «maudit péquiste» par un de mes bons amis, comme à chacune de mes interventions, pour moi, le seul qui incarnerait le changement, si on le désire vraiment, est Jean-François Lisée et son équipe expérimentée qui, malheureusement, n’a jamais eu la chance de terminer le ménage sous Mme Marois à cause de la fameuse charte des valeurs qui a servi d’épouvantail de la peur, en plus de celui d’un éventuel référendum. Maintenant, il n’y a plus d’épouvantail à brandir et c’est le seul chef qui pourrait tenir tête aux libéraux d’Ottawa qui ne se soucient guère du Québec. Il est le seul qui pourrait les réveiller.

Les vrais souverainistes ne doivent pas se laisser charmer par le chant de la sirène de la CAQ et encore moins appuyer, par cynisme encore une fois, un parti aussi marginal que Québec solidaire avec ses idées des plus loufoques comme enlever le mot «patrimoine» de notre vocabulaire.

Oui, le cynisme a toujours existé et les nouvelles à sensations sont devenues notre lot quotidien. Oui, les journalistes font un travail indispensable de chiens de garde mais ce n’est pas à eux de nous dire qu’un parti est mort et enterré dix mois avant une élection. Ils doivent cesser de nous influencer. C’est à nous tous de juger. Il est temps de mettre le cynisme de côté et le remplacer par un sens critique responsable qui nous permettra de faire un choix judicieux pour notre bien-être à tous. Les Américains ont voté par cynisme et on peut en voir les conséquences chaque jour.

Puissions-nous nous exprimer, le temps venu, avec plus de discernement.

Gaston Bouffard

Shawinigan