Selon l'auteur, nous ne vivons plus dans une société à prédominance catholique, mais dans une société pluraliste où cohabitent des croyants et des non-croyants.

Le crucifix, symbole d’amour

L’auteur, Stéphane Gaudet, est rédacteur en chef de la revue «Notre-Dame-du-Cap».

OPINIONS / À la fin du mois de mars, on apprenait le retrait des crucifix du conseil municipal de Montréal et de l’Assemblée nationale. Réagissant à la nouvelle, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec a réitéré sa position, pleine de bon sens: ce sont les élus qui ont décidé d’installer ces crucifix dans les années 30, c’est aux élus d’aujourd’hui de décider ce qu’ils en feront. Les évêques respecteront leur décision, en autant que le crucifix soit traité avec respect.

La réalité a bien changé depuis les années 1930. Nous ne vivons plus dans une société à prédominance catholique, mais dans une société pluraliste où cohabitent des croyants et des non-croyants. Et chez les croyants, on rencontre une diversité de croyances. Nos institutions démocratiques, élues par l’ensemble des citoyens, tous égaux, ne peuvent pas refléter une appartenance religieuse, fût-elle celle d’une majorité de la population. D’ailleurs, la séparation du politique et du religieux fait partie de la doctrine de l’Église: «Sur le terrain qui leur est propre, la communauté politique et l’Église sont indépendantes l’une de l’autre et autonomes» (Gaudium et spes, 76,3). La position des évêques québécois respecte cette autonomie du politique. Cela n’a rien à voir avec la croix sur le mont Royal, ni avec les noms de rues et de localités. Il ne s’agit pas là d’instances politiques.

On entend souvent: pourquoi retirer «nos» symboles religieux alors que des gens portent le turban, la kippa, le voile? Encore une fois, on mélange tout: il y a une grande différence entre les institutions, qui doivent être neutres, et les individus, qui ont le droit de pratiquer une religion et de porter des signes religieux, en public comme en privé.

Ce débat rappelle celui qui a eu lieu l’année dernière en Bavière quand le gouvernement en place, sentant sa réélection incertaine, avait décrété que des croix devaient être accrochées visiblement dans tous les édifices publics sous sa juridiction pour exprimer «un engagement clair envers notre identité bavaroise». Le cardinal Marx, archevêque de Munich, avait alors affirmé que «celui qui voit dans le crucifix un symbole culturel ne l’a pas compris».

Le Christ a donné sa vie pour l’humanité entière. La majorité, en vérité plus déchristianisée que chrétienne, ne peut pas brandir le crucifix pour s’opposer aux religions minoritaires. Le crucifix est un symbole religieux, pas identitaire. On ne doit pas s’en servir dans le but d’affirmer le pouvoir du «nous» sur les «autres».

Ne mêlons pas la croix du Christ à nos batailles politiques, qui n’ont rien à voir avec lui. Symbole d’amour, n’utilisons pas le crucifix pour créer des tensions, de la discorde, de l’exclusion.

La place du crucifix est bien davantage dans nos cœurs que sur un mur.