Le courage politique est l’antidote du cynisme

À sa séance du 6 novembre 2018, le conseil municipal s’est exprimé majoritairement sur l’adhésion de la philosophie «Vision zéro accident avec morts ou blessés graves dans les rues de Trois-Rivières».

Cette décision de nos élus municipaux répond de façon concrète au cynisme trop souvent justifié de la population en général et des jeunes en particulier face aux gestes de nos élus. Pourquoi?

Il ressort de cette décision courageuse amenée par la conseillère du district des Forges, Mme Mariannick Mercure, appuyée d’une majorité de conseillers, une indication de santé démocratique. La démocratie ne s’évalue pas à des décisions unanimes d’un conseil. Il est même souhaitable, dans un contexte de saine gouvernance, que les réticences ou oppositions se manifestent franchement par des votes contre. Il est tout aussi courageux d’inscrire un vote contre. Dans un contexte de vote partagé, l’application d’une décision n’en devient que plus prudente.

Il est normal qu’une telle orientation alimente le débat. Comment croire à la démocratie s’il y avait absence de débat? La page «Carrefour des lecteurs» du Nouvelliste, entre autres, permet aux citoyens de s’exprimer et plusieurs lettres d’opinions nous ont démontré les divergences d’opinions sur ce sujet. J’en cite quelques-unes:

«Madame Mercure, votre projet est noble, mais votre empressement à tout instaurer le plus rapidement possible trahit votre incompréhension des dynamiques de résistance aux changements. En tentant d’aller trop vite, vous n’obtiendrez jamais l’adhésion de la majorité de vos concitoyens», écrivait M. Gilbert Mercure.

«La Vision zéro vient avec un immense bagage philosophique, dont entre autres, de mettre en priorité la sécurité aux dépens de la fluidité sur nos routes. De plus, elle aura un impact potentiel majeur sur les finances de la ville et imposera un changement considérable des habitudes de vie des citoyens. Est-ce nécessaire?», écrivaient les instigateurs d’une pétition contre, Stéphan Guay, Dave Angers et Valérie Ratelle-Gauthier.

Et M. Stéphane Guay en rajoutait en écrivant: «On nous demande d’être des forces vives, ce que nous nous efforçons d’être depuis le début de cette saga avec la création de la pétition et d’un groupe Facebook. Cette même force vive que certains tentent de discréditer sur la place publique. Avec ce genre de dynamique toxique, comment arriver à une fin heureuse? Comment faire confiance au processus et aux forums à venir?»

Le conseiller municipal du district des Rivières, M. Claude Ferron a répondu de très belle façon à ces inquiétudes exprimées en écrivant: «L’adoption de la Vision zéro indique un idéal à atteindre, un objectif commun. Le ‘‘comment’’ et la séquence restent à définir.»

M. Ferron a raison, il suffit d’aller se renseigner sur le site web de la ville de Trois-Rivières:

«Dès 2019, une étude sur l’impact de ce mouvement sur le territoire trifluvien sera réalisée. Du coup, cela permettra l’élaboration d’un plan de circulation efficace permettant de bien circonscrire les effets. Les premières mesures concrètes prendront effet à partir de 2020, alors que la vitesse dans les rues locales et collectrices pourrait passer à 40 km/h.»

Nous assistons à une révolution du processus décisionnel à l’hôtel de ville. Les conseillers et conseillères travaillent de plus en plus en amont des orientations qui ont des impacts sur la vie des citoyens. Ils s’informent, avancent des idées, en débattent avec respect des opinions divergentes, n’acceptent plus de se faire mettre devant des faits accomplis sans que les discussions préalables ne se soient tenues.

Personne ne peut contester qu’il est souhaitable, en démocratie, que nos élus écoutent les préoccupations des citoyens, les questionnent et en débattent entre eux. Il importe aussi qu’ils puissent compter sur une équipe de fonctionnaires compétents et alertes afin de mettre en œuvre des orientations qui répondent au bien-être de la population actuelle et à venir de notre ville et non aux intérêts particuliers de groupuscules inconnus de celle-ci.

Cette façon de «gouverner» commande des changements de comportements de la part des citoyens. «Devons-nous exiger de nous-mêmes avant d’exiger des élus?» Voilà la question que pose la Vision zéro accident! Merci à cette nouvelle génération de conseillers et conseillères municipaux qui mettent en commun leur volonté d’avancement. Le courage politique est l’antidote du cynisme.

André Gabias

Trois-Rivières