L’auteure de cette lettre explique les avantages du projet de coopérative de solidarité que les employés du quotidien Le Nouvelliste ont mis sur pied pour la survie de la presse régionale et comme moteur de développement économique.

Le collectif comme moteur de développement économique

OPINIONS / L’auteure, Lynn O’Cain, est directrice générale du Pôle d’économie sociale Mauricie.

Le 7 novembre, les employés du Nouvelliste, de La Tribune, du Soleil, de La Voix de l’Est, du Droit et du Quotidien ont déposé une offre d’achat commune pour assurer la survie de la presse régionale. Regroupés sous forme de coopératives de solidarités, ces travailleurs et travailleuses illustrent tout le potentiel de l’entrepreneuriat collectif comme moteur de développement économique.

En choisissant l’économie sociale comme modèle d’affaires, les travailleuses et travailleurs ont décidé de prendre en charge l’avenir de leur journal, donc l’accès à une information locale et régionale comme véhicule de vulgarisation, de débats d’idées et d’opinions.

Mais quels sont les avantages de cette reprise collective d’une entreprise privée comme le Groupe Capitales Médias? D’abord, dans le modèle d’affaires choisi dans ce cas-ci, les travailleuses et travailleurs sont impliqués dans les décisions du journal au sein du conseil d’administration de la coopérative de solidarité. On s’assure ainsi de préserver l’intérêt commun plutôt que l’intérêt individuel.

Ensuite, pour réaliser ce projet d’affaires, les travailleuses et travailleurs ont accepté d’investir individuellement par le biais de parts sociales. C’est un engagement important qui démontre le sérieux de leur démarche. Contrairement à d’autres modèles économiques, l’économie sociale a comme principe la gestion démocratique. Ce qui signifie que peu importe l’investissement individuel de chacun, un seul droit de vote par personne est accordé lors des prises de décision. Ainsi, les membres de la coopérative n’ont pas un intérêt économique face à l’entreprise, mais avant tout sa mission et sa finalité, soit de produire un journal de qualité. On vise à répondre à une mission de façon rentable et non à atteindre le profit à tout prix. C’est une logique d’affaires dont on doute encore trop, mais qui fait pourtant ses preuves au sein des 11 200 entreprises d’économie sociale au Québec.

Si cette offre d’achat collective est acceptée, cela signifie que vous aurez la garantie que votre achat en kiosque, votre abonnement ou votre achat de publicité sera une source de revenus qui contribuera à notre journal et non aux intérêts d’un groupe privé. En effet, l’économie sociale assure que les bénéfices ou surplus doivent être réinvestis dans l’entreprise ou la collectivité. C’est donc un gage intéressant que notre argent aura un impact régionalement. Ce principe est d’ailleurs un des indicateurs de succès des entreprises collectives.

Pour toutes ces raisons, je crois qu’il est important de soutenir Le Nouvelliste par votre abonnement ou la campagne «Je coopère pour mon journal». S’il existe un moyen d’assurer la continuité d’une presse régionale, c’est bien par ce projet de reprise collective par les artisans de notre journal qui fête cette année son 100e anniversaire. Ce serait un des plus beaux cadeaux que nous pourrions lui offrir, et j’oserais même dire nous offrir.