Le chèque en blanc du conseil municipal

Le conseil municipal de la Ville de Trois-Rivières adoptait à la majorité la philosophie «Vision zéro accident» lors de la dernière séance du 6 novembre. Comme pour la plupart des gens, j’ai pris connaissance sur les réseaux sociaux et nos médias locaux de cette résolution qui implique la nouvelle limite de vitesse de 40 km/h. Je plaide coupable: je suis de ceux et celles qui ne s’intéressent pas ou peu à notre scène politique municipale. Je suis de ceux et celles qui, pour toutes sortes de raisons, valables ou non, ne mettent aucun effort à être des citoyens avertis et au fait de ce qui se passe à notre hôtel de ville. Pourtant, il s’agit du palier politique qui a le plus d’impacts directs et concrets sur nos vies au quotidien.

Cette nouvelle limite de vitesse sera donc instaurée sur toutes les rues locales et collectrices de la ville, soit presque partout sur le territoire. D’emblée, j’aurais tendance, comme père de famille, à voir ceci d’un bon œil puisque l’objectif est, selon les conseillers instigateurs du mouvement, de sauver des vies et d’augmenter la sécurité sur nos routes.

Pourtant, en fouillant un peu et en écoutant les entrevues radio des derniers jours accordées par ceux-ci, j’éprouve un profond malaise. Non pas sur l’objectif de sécurité qui est louable, mais bien sur les façons de faire et sur les fondements de cette décision.

Dans un premier temps, statistiques à l’appui et aux dires mêmes de notre service de sécurité publique, le bilan routier de la ville de Trois-Rivières est plus qu’honorable. En se basant sur ces faits, il n’y a présentement aucun problème majeur d’accidents mortels dans notre ville.

Certains alors diront «qu’un mort est un mort de trop», et «qu’il n’y a pas de prix pour la sécurité de nos enfants». Ils tomberont alors rapidement dans le piège de la pure émotivité. Personne ne souhaite la mort d’un cycliste ou encore la blessure grave infligée à un enfant, mais comme gestionnaires de notre ville, les élus se doivent de baser avant tout leurs décisions sur des statistiques et des faits.

Sur les ondes du 106,9 FM le 7 novembre dernier, les conseillers Mercure et Ferron ont avoué ne pas être en mesure d’évaluer les coûts réels de l’application de cette «Vision zéro accident».

De toute évidence, ceci aura un impact majeur sur les finances de la ville en touchant, entre autres, au schéma de couverture de risques, au service de transport au commun, au déneigement, à la construction de nouvelles infrastructures et à la signalisation. En adoptant cette résolution avant même d’avoir en mains les études et les chiffres exacts, nous venons, ni plus ni moins, de signer un chèque en blanc au conseil. Plus troublant encore, M. Ferron avouait lors de cette même entrevue que «l’objectif est de sortir de l’automobile», ce qui va bien au-delà de vouloir sauver des vies. Nous pouvons donc légitimement nous questionner sur les motivations de cette démarche.

Existe-t-il une problématique de sécurité routière dans nos rues? Certainement, je suis de ceux qui se désolent de voir nos zones scolaires si peu respectées, d’être témoin de textos au volant ou encore de la vitesse excessive dans certaines rues de mon propre quartier.

Par contre, pour arriver à un but commun, nous nous devons de bien faire les choses et les solutions doivent aussi venir de la base, de nous. L’adoption de cette résolution en écartant toute consultation publique en amont est un accroc important à notre démocratie.

J’invite la population à signer la pétition sur le site change.org (lien direct vers la pétition: https://chn.ge/2zhF0r7) afin d’envoyer un message clair à nos élus. De plus, il est de notre devoir de nous présenter aux prochaines séances du conseil afin d’interroger directement les élus sur cette question. Pour une des rares fois où vous aurez à le faire, je demande aux gens de se manifester et d’adhérer à un mouvement citoyen contre l’adoption hâtive de cette vision nébuleuse.

Stéphane Guay

Trois-Rivières