L’auteur de cette lettre veut démontrer l’urgence d’agir pour sauver la planète.

Le changement climatique et «les deux pieds sur le volant»

L’auteur, Pierre-André Julien, est professeur émérite à l’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

À l’élection de décembre 2008, Jean Charest demandait aux Québécois de lui donner un mandat fort lui permettant d’avoir «les deux mains sur le volant» afin de pouvoir mieux répondre à la crise financière mondiale. Nous savons maintenant que s’il avait effectivement une main sur le volant, l’autre servait à ramasser les enveloppes brunes sur son passage. Pour l’élection de la semaine prochaine, peut-on se demander si les deux plus importants partis en lice, le Parti libéral et la Coalition avenir Québec, ne sont pas aussi en train de mettre plutôt un pied sur le volant et l’autre sur le frein à propos du réchauffement climatique avec leurs vagues promesses ne donnant aucune chance aux objectifs signés ou promis à la Conférence de Paris de 2015 d’être atteints dans deux ans.

Il est vrai que plusieurs citoyens pensent que les prévisions des scientifiques sur ce réchauffement sont soit exagérées, soit qu’elles ne se réaliseront que très lentement, ou encore que si elles touchent d’autres pays, il en sera autrement ici. Pourtant, s’ils y regardent de plus près, les effets dramatiques de ce réchauffement sont à nos portes.

Ainsi, à côté de l’été floridien que nous venons de connaître et qui a fait la joie des enfants et des parents qui ont ainsi profité au maximum de leur piscine, des périodes de grands froids en hiver se multiplieront. De même, nous aurons plus de périodes de grandes pluies, comme en 2017, multipliant les inondations un peu partout. De plus, on prévoit des tornades à répétition et des incendies de forêt de plus en plus fréquents, comme en Colombie-Britannique et en Californie. Prévoyez déjà aussi que votre coût de chauffage et de climatisation doublera avant dix ans.

Et dans ce dix ans, ce sera pire, avec la montée des eaux de l’Atlantique due à la fonte accélérée des glaces de l’Arctique, du Groenland et des glaciers, repoussant les marées du fleuve jusqu’à Montréal et inondant de plus en plus souvent toutes les maisons bâties près du fleuve, sans compter la destruction des berges. De même, les variations drastiques de températures affecteront entre autres les érablières et nos forêts. Enfin, des millions de personnes déplacées par cette montée des eaux et par les famines à répétition dans les pays du Sud vont frapper à nos portes, soit encore plus que les millions de personnes qui traversent la Méditerranée pour essayer de s’installer en Europe.

Or, les promesses libérales et caquistes sont minimales par rapport aux besoins. L’électrification des voitures n’a même pas atteint 20 % de ses objectifs. Le Fonds vert est un fouillis. De même, la taxe sur le carbone est trop faible pour être efficace, comme vient de le rappeler l’OCDE. Et les deux partis continuent à être ouverts à l’exploration pétrolière et gazière. Quant à Trudeau, pour compenser quelque peu, n’en parlons pas avec son achat de TransMountain déjà mort-né, mais que nous avons payé 4,5 milliards $ jusqu’ici.

Parmi les autres partis, seul le Parti québécois avance une idée essentielle, soit de confier le ministère de l’Environnement au premier ministre pour qu’enfin il empêche les ministères économiques comme l’Agriculture, les Affaires municipales ou les Finances, de se quereller tout le temps, ralentissant ainsi toute véritable lutte contre le réchauffement climatique, et ainsi faisant en sorte que les promesses se réalisent.

Bref, il faut changer de l’approche des Charest, des Couillard et des Legault avec leur pied sur le volant pour enfin passer réellement du moteur à combustion au moteur électrique puissant touchant non seulement les voitures, mais aussi une véritable politique de transport en commun tant dans les villes qu’entre les régions.