Alors que les entreprises de télécommunications et de contrôle des matériaux s’arrachent les finissants, la solution courageuse de développement du Cégep est de fermer le programme au régulier.

Le Cégep adapte son offre de programmes

«Le Cégep de Trois-Rivières est une institution qui prend ses responsabilités et qui fait des choix de développement courageux», a déclaré M. Louis Gendron, directeur général, le 8 mars dernier, en annonçant plusieurs orientations pour la prochaine rentrée scolaire.

On a l’impression qu’on va annoncer un programme de développement audacieux et risqué. Eh bien non. La direction annonce la suspension des admissions en Technologie de la mécanique du bâtiment et en Technologie de la mécanique industrielle de même que dans les deux options Technologie de l’électronique/Télécommunications et Technologie de la métallurgie/Contrôle des matériaux. Elle avoue aussi être en réflexion concernant le nouveau programme Écodéveloppement et bioproduits dont les demandes d’admission ne permettent pas d’atteindre la rentabilité. Elle baisse les bras.

«Afin de maintenir une offre de formation diversifiée répondant aux besoins de la communauté étudiante et des entreprises qui embauchent les finissants», la direction offrira à la formation continue deux des programmes fermés à la formation régulière, soit Télécommunication et Contrôle des matériaux.

Alors que les entreprises de télécommunications et de contrôle des matériaux s’arrachent les finissants, la solution courageuse de développement du Cégep est de fermer le programme au régulier. Comment un nouveau programme offert à la formation continue pourra-t-il mieux satisfaire les besoins de main-d’œuvre des entreprises?

Ça ressemble plus à une solution d’abandon qu’à une prise en charge courageuse du problème.

La baisse démographique est un fait et le bassin de recrutement diminue, mais il est là. Pourquoi ne peut-on pas favoriser une promotion efficace des programmes techniques essentiels à l’économie de la région et de la nation ?

Il suffirait d’une toute petite faveur de promotion sur l’ensemble du bassin de recrutement du cégep pour remplir les programmes en difficulté. Il suffirait que des incitatifs accrocheurs soient mis en place pour attirer plus d’étudiants dans ces programmes qui par surcroit sont très intéressants et payants. Une direction responsable et courageuse se doit de trouver de telles solutions. Le résultat désastreux du recrutement de cette année démontre à quel point la direction a failli à la tâche.

Le premier ministre Couillard déclarait l’automne dernier (je cite de mémoire) que la formation du personnel technique compétent pour faire fonctionner nos entreprises est une priorité prioritaire au Québec. Le Cégep de Trois-Rivières, lui, ferme des programmes d’études.

Il est aussi regrettable de constater la cécité à moyen et long termes des entreprises qui manifestent un besoin urgent immédiat de finissants provenant de ces programmes d’études.

Ne savent-elles pas qu’un étudiant d’un programme technique prend environ de trois à cinq ans à se former ? Il faudra encore plus de temps quand on devra redémarrer ces programmes.

Quand vont-elles collaborer avec les collèges afin d’attirer les étudiants du secondaire dans les programmes de DEC techniques ?

Qu’attendent-elles pour offrir des bourses d’études, du travail d’été, etc., et faire leur propre promotion? Ce sont les grandes absentes. Tant pis pour elles.

C’est l’économie du Québec qui est en jeu. J’en appelle à la direction du collège, aux politiciens qui s’en vont en élection et aux entreprises qui emploient des finissants des DEC techniques, afin qu’ils prennent une véritable attitude courageuse et qu’ils travaillent ensemble au développement de la main-d’œuvre qualifiée dont le Québec a tant besoin.

Michel G. Bérard

Enseignant

Technologies du génie électrique

Cégep de Trois-Rivières