Selon l’auteur de cette lettre, au lieu de se tourner vers le cannabis, une personne aux prises avec l’anxiété devrait tenter d’identifier la source de celle-ci pour être libérée et apaisée.

Le cannabis, remède anti-stress?

OPINION / L’auteur, Frankie Bernèche, est professeur de psychologie. Il habite Saint-Mathieu-du-Parc.

Selon une enquête de l’Institut de la statistique du Québec, la raison principale pour laquelle les gens consomment du cannabis est la recherche de détente. Cet effet anti-stress du cannabis semble également reconnu par plusieurs parents qui jugent que la consommation permet de se détourner des antidépresseurs pour ainsi mieux traiter leur anxiété. Or, depuis la légalisation, les adhésions à des groupes Facebook qui font la promotion de la consommation du cannabis explosent.

Dans ces groupes, plusieurs jeunes mères (ou en voie de l’être) se questionnent à savoir si on peut consommer pendant la grossesse et pendant l’allaitement. Certaines l’encouragent fortement, partant de leurs propres expériences, tout en prétextant que les études médicales n’ont pas fait complètement le tour de la question compte tenu de la forte prohibition du produit.

Devant cette réalité, deux constats semblent assez préoccupants. Premièrement, la désinformation au sujet des effets du cannabis s’intensifie chez les jeunes consommateurs à un point tel que leurs enfants deviennent maintenant à risque d’en subir des séquelles importantes. Les études montrent en effet que le THC traverse le placenta et se retrouve dans le lait maternel. Le deuxième constat concerne la raison principale pour laquelle les jeunes adultes consomment, soit l’effet anti-stress.

Il est vrai que les jeunes adultes sont confrontés à plusieurs situations stressantes (études, travail, relation conjugale, rôle parental, etc.). Toutefois, la grande majorité d’entre eux arrivent à surmonter ces stress sans avoir recours à des drogues qui anesthésient la douleur psychologique liée à leurs difficultés. La question importante ici est donc de comprendre pourquoi certains jeunes adultes ont besoin de consommer (de s’auto traiter) et d’autres pas.

D’un point de vue psychologique, plus un individu s’est construit dans un contexte de vie stressant, plus il gardera en lui des conflits internes. Pour ne pas toucher à leurs conflits internes, les personnalités souffrantes s’enlisent dans des mécanismes d’évitement qui ont comme principale fonction de ne pas prendre conscience de leurs fragilités. Des mécanismes de déni (ex.: il n’y a aucun problème à consommer du cannabis pendant la grossesse), des fausses croyances (ex.: j’ai fumé pendant ma grossesse, mes enfants sont incroyables, voire trop intelligents) et des comportements compulsifs qui «gèlent» la souffrance profondément enfouie tout au fond de soi.

Plusieurs techniques ont vu le jour afin d’apaiser la souffrance liée au stress (ex.: méditation, yoga, médication). Toutes ces approches ont un point en commun, elles cherchent à mieux faire passer les moments d’anxiété de l’individu.

Au risque de déplaire à plusieurs, ces techniques sont en réalité très peu efficaces à long terme. Il est vrai qu’elles apaisent momentanément la tension nerveuse mais voilà, temporairement. Car tant et aussi longtemps que la personne ne s’adressera pas directement à la source de son anxiété, elle y sera confinée.

Pour s’en sortir, l’adulte doit réaliser que tout ce qui nous stresse, nous indispose dans notre quotidien devrait être vu comme une opportunité de croissance personnelle. Car ce qui nous irrite permet de se rapprocher des événements de notre passé qui ont contribué à notre fragilité.

Et il ne faut surtout pas se priver de cette connaissance de nous-mêmes, car elle seulement libère et apaise.