Le bossu du parc

OPINIONS / Ça ne pouvait pas durer, le silence! Je pouvais enfin l’observer se faire; on flânait ensemble, on s’apprivoisait. Je n’avais plus besoin de le garder, je le retrouvais partout, le vent m’en faisait musique, il mettait mon cœur au tempo, ma tête au repos, on s’entendait si bien. Là où le bruit dérangeait, il avait tout arrangé, là dans mon parc, celui de Champlain en face. Il avait même fait fuir les corneilles. Je sais, c’est hyper fragile le silence, je le nomme et je le brise, mais je n’ai qu’à l’écrire pour recoller les morceaux. On pourrait le briser juste un petit peu, comme un glaçon dans un scotch, pas revenir en mode NOISE, pas retourner aux rites et rythmes «noiséabonds» des instruments chaotiques de l’orchestre symphonique à pelouse de Canadian Tire. On ne va pas encore faire sacrer le printemps.

Seize avril 2020, 22 heures, un membre de la section des vents, le bossu du parc, souffle le trottoir avec sa rallonge pénienne et gravelle le ciel de scories allergènes, juste à l’entrée du parc. Ce barbare moderne ne connaît qu’une note et te la vire ad nauseam jusqu’à ce que sa bosse de mazout se tarisse. Ouinnnnnnnnn, le ver d’oreille géant, Megascolides autralis, qui se pointe la trompe: insoutenable! Ce n’est pas vrai, un souffleur de feuilles, un seul, mais ça suffit! Ce pachyderme à deux pattes, ce tamanoir des trottoirs, ce bruiteur fausset est le prologue du retour à la normale: le désordre dans lequel on a mis la nature avant qu’elle ne pète les plombs. Le non-naturel va revenir au galop! On n’apprend jamais de nos erreurs, c’est pour ça qu’on n’arrête jamais de les répéter.

Je suis un utopiste, je crois encore au balayeur de Prévert: on devrait savoir maintenant que la nature est sauvage et indomptable. Il ne faut pas essayer de la dresser, juste l’apprivoiser. On ne va tout de même pas faire un retour dans le futur! Vingt-trois heures quinze, le bossu a fini de zigner.

Christian Gagnon

Trois-Rivières