Le banquet du Roy…

En ce dernier jour des grandes chaleurs du mois d’août, de l’An de grâce 2018, lorsque nous accostâmes au lieu-dit des Trois-Rivières, nous vîmes les habitants de la place, affairés à préparer un banquet, sous les abris des «maisons longues».

Curieux et sur nos gardes, nous débarquâmes timidement de notre frêle esquif; les riverains nous accueillirent à bras ouverts pour nous offrir leurs cuisines. Nous nous sustentâmes à notre faim de ces mets giboyeux, traditionnels et typiques de leurs us et coutumes.

Ce faste moment ressemblait à un couronnement avec tous ses apparats et ses splendeurs; nous crûmes assister à un anniversaire royal. Le «Roy-Soleil», Louis XIV, devait être présent à cette fête en cette si lointaine contrée, supposâmes-nous!

Quelles délicieuses victuailles du pays nous servirent-ils! Les plus beaux trésors gastronomiques du territoire: dégustation des produits de plus d’une cinquantaine d’artisans des Trois-Rivières et d’autres lieux du Kébec, des démonstrations culinaires, des échanges et des combats des chefs… une expérience culinaire unique dans un sanctuaire unique!

La ripaille était telle que les gourmands émettaient, bien malgré eux, des sons gutturaux, qu’on eût dit des ouaouarons; les estomacs gargouillaient et les langues affamées se léchaient avidement les babines encore imprégnées de ces saveurs exotiques.

Et que dire du «poste de traite», ce que jamais nous vîmes: les tipis s’étendaient sur quelques arpents, des musiciens, cachés dans des «boîtes à musique», égayaient discrètement le fort, des peintures sur le sol pour nous indiquer l’emplacement des «bécosses», des tables et sièges pour nous «assir» étaient disposés partout, des serviteurs, qu’eux nomment des bénévoles, lavaient les tables nappées et nous informaient aimablement avec un sourire… un lieu qui sentait la joie!

Aussi, sur les flancs du coteau, des fleurs, des milliers de fleurs et des arbustes taillés, des bosquets multicolores et, plus en hauteur, s’étendaient ce qui sembla être des jardins de verts ails des bois comme ceux du château de notre Roy.

Quels lieux paisibles, accueillants et agréables régnaient devant nous sur plus d’une lieue.

Si les vents et les marées nous sont favorables, l’an prochain nous naviguerons avec grand entrain, sur les eaux du Magtogoek, comme disent les Algonquins, ce chemin qui marche jusqu’aux Trois-Rivières, là où «délices» riment avec «automne».

Foi de gras capitaine, un seul esquif ne suffira pas!

Jean Paquette

Trois-Rivières