La présidente de la Fédération nationale des communications (FNC–CSN), Pascale St-Onge, interpelle une fois de plus le gouvernement du Québec pour une aide aux médias écrits, notamment.

Le 27 mars, il est temps de réinvestir en nous!

L’auteure, Pascale St-Onge, est présidente de la Fédération nationale des communications – CSN (FNC-CSN).

Le 27 mars prochain, lors du dépôt de son dernier budget avant les élections, le gouvernement de Philippe Couillard a un important rendez-vous avec les Québécois. Alors que les médias traversent une importante crise et que les organisations de la culture ont vu leurs budgets stagner depuis de nombreuses décennies, le gouvernement a aujourd’hui les surplus nécessaires à la mise en place de mesures vigoureuses pour soutenir ces secteurs. Sans succès, au cours des derniers mois, plusieurs ministres du gouvernement Couillard ont demandé à Ottawa d’intervenir pour régler l’iniquité fiscale avec les géants du Web et ainsi venir en aide à nos industries. Maintenant que la balle est dans le camp du provincial, ce gouvernement aura-t-il la volonté politique d’agir?

Un sous-financement chronique pour la culture
Le Canada et le Québec font piètre figure au chapitre des soutiens à la culture et à la presse écrite. Alors que la Finlande accorde 92 $ par année par habitant pour soutenir la presse écrite et que la France en accorde 30 $, au Canada ce soutien ne s’élève qu’à 3,96 $. Situation similaire pour le financement de la culture, au Québec celui-ci s’élève à 163,79 $ par habitant par année, alors qu’en France il se situe à près de 515 $.

Grand vecteur de diffusion de la culture, Télé-Québec et le réseau muséal souffrent tous deux du désintérêt des différents gouvernements depuis de nombreuses années. Avec un financement qui est passé de 55 millions de dollars en 1999 à 58,8 M$ en 2017, Télé-Québec a un manque à gagner de près de 19 M$, uniquement pour maintenir le statu quo financier. Pour sa part, le réseau des musées québécois voit son budget gelé à 17 M$ depuis plus de dix ans, alors qu’en 2013 un groupe de travail recommandait de le faire passer à 28 M$.

La FNC-CSN en action pour la culture et la presse écrite
Fort de ces constats, le 16 février dernier, une délégation de la Fédération nationale des communications – CSN (FNC-CSN) est allée à la rencontre des représentants du cabinet du ministre des Finances, Carlos Leitão, afin de le sensibiliser à ces enjeux de grandes importances. Dans un premier temps, plusieurs suggestions ont été présentées lors de cette rencontre afin de soutenir plus efficacement la presse écrite. Par exemple, il a été discuté de la mise en place d’un crédit d’impôt sur la masse salariale, qui pourrait s’élever jusqu’à 35 % des dépenses salariales selon les régions. Avec près de 50 % des emplois qui ont disparu en moins de dix ans dans ce secteur, il a été question d’un programme visant à freiner cette tendance. D’autres mesures ont aussi été suggérées dont un crédit d’impôt pour la diffusion publicitaire québécoise, l’ajout d’un «volet médias» au plan culturel numérique et une augmentation de la part des placements publicitaires du gouvernement dans les journaux québécois.

Pour nous, le programme de 36 M$ sur cinq ans mis sur pied en 2017 est nettement insuffisant. Afin d’éviter de l’aide à la pièce qui laisse planer des doutes sur l’indépendance des médias, le gouvernement doit le bonifier dès maintenant et introduire de nouvelles mesures. Celles que nous avons présentées s’assurent de protéger l’indépendance journalistique et répondent aux besoins réels du secteur.

Plus largement, sur la question de la culture, la délégation a insisté pour que le gouvernement du Québec saisisse l’occasion des surplus budgétaires pour annoncer une augmentation significative des budgets. Que ce soit pour le réseau des musées ou pour Télé-Québec, il est impératif d’injecter les sommes nécessaires pour permettre un financement adéquat, mais aussi pour rattraper le retard accumulé ces dernières années.

Finalement, des solutions aux problématiques causées par les géants du Web ont été présentées aux représentants du ministre Leitão. À nos yeux, il est primordial que face à la complaisance du gouvernement fédéral, le gouvernement provincial fasse preuve de fermeté. La mise sur pied d’un système de redevances pour les producteurs d’information de qualité, l’application des règles fiscales actuelles et l’imposition de seuil minimal de contenu francophone seraient des voies à prendre, afin de mettre un terme aux iniquités actuelles.

À la FNC-CSN, nous n’entendons pas baisser les bras. Nous croyons que les enjeux de la culture et de la survie de la presse écrite sont suffisamment importants pour que nous y consacrions nos énergies. Ciment de la démocratie, la culture et la presse écrite sont aussi des secteurs économiques incontournables, grands créateurs d’emplois de qualité et de richesses, qui nécessitent un soutien vigoureux de la part du gouvernement. Alors que les surplus sont au rendez-vous, le gouvernement Couillard aura-t-il le courage de faire le pari de la culture et de la presse écrite lors de son prochain budget? Ou préférera-t-il la voie de l’inaction tracée par le fédéral?