L’auteur Guy Héroux a réalisé une étude sur la fondation de Trois-Rivières et de son fondateur. Les résultats viennent contredire la thèse avancée par Yannick Gendron, selon laquelle le véritable fondateur serait Théodore Bochart.

Laviolette, point final!

Le 12 novembre 2016 dans ces pages, j’avais promis la publication d’une étude sur la fondation de Trois-Rivières et son fondateur. C’est maintenant chose faite. J’en arrive à la conclusion que Laviolette, dont on ne connaît rien d’autre que le nom, est bel et bien le fondateur de notre ville et qu’il n’existe aucune preuve ni même aucun indice selon lequel quelqu’un d’autre le soit. Rappelons que ce nom de Laviolette n’est évoqué que trois fois dans les premiers registres d’état civil de Trois-Rivières soit le "Catalogue des Trépassés et le Catalogue des personnes baptisées".

Pour arriver à ce résultat, il m’a fallu en premier lieu trouver le nom du Jésuite qui avait écrit des registres, puisqu’il était inconnu jusqu’à ce jour. Pour ce faire, j’ai dressé la liste des 36 pères Jésuites qui sont passés en Nouvelle-France entre 1632 et 1645. Vingt-sept d’entre eux ont administré les sacrements sur les bords du Saint-Laurent durant cette période, mais seulement 15 en ont rédigé les actes dans les 11 registres de Québec, Trois-Rivières, Sillery et Montréal, rédigeant du coup en leur propre nom et au nom de leurs confrères.

En étudiant et en comparant l’écriture de la plupart de ces 36 religieux et en tenant compte de leur localisation géographique à Trois-Rivières et à Québec au moment où ces registres ont été rédigés, puisque les premiers registres de Québec ont été écrits par le même Jésuite qui a écrit ceux de Trois-Rivières, j’en suis venu à la conclusion que leur rédacteur était le père Ambroise Davost (1583-1643).

Or, Davost a connu Laviolette, puisqu’il passa dix jours à Trois-Rivières entre le 5 et le 15 juillet 1634. C’est lui qui a écrit dans le premier paragraphe de l’introduction du Catalogue des Trépassés que Laviolette fonda notre ville ce mardi 4  juillet 1634. Il n’arriva lui-même que le 5, en compagnie de Théodore du Plessis Bochart, amiral de la flotte de la Compagnie de la Nouvelle-France, ou des Cent-Associés, qui y conduisait un autre navire mais cette fois, armé de canons.

Contrairement à l’opinion de monsieur Yannick Gendron sur le sujet, du Plessis Bochart n’a pu être le fondateur de Trois-Rivières dont les Jésuites auraient, selon lui, caché le nom parce qu’il aurait été protestant. Pour étayer sa thèse, monsieur Gendron commence par nous dire que ces registres de Trois-Rivières ne sont pas authentiques, mais qu’ils ont été copiés sur les Relations des Jésuites et qui, en ce qui concerne le nom de Laviolette, ont été falsifiés par les Jésuites eux-mêmes.

J’ai établi dans mon étude qu’il n’en était rien. Il y a trop de différences entre les données des actes de baptêmes dont les circonstances sont relatées dans les Relations et celles des registres. D’autre part, certains actes n’apparaissent pas aux Relations, mais sont inscrits aux registres et réciproquement.

Par ailleurs, j’ai déterminé que les registres de Trois-Rivières ont été copiés à partir de registres originaux aujourd’hui disparus, parce qu’ils avaient été mal tenus. J’ai aussi établi que ces registres ont été copiés à l’été, ou au plus tard au début de l’automne 1637, le reste des actes de baptêmes écrits par Davost jusqu’au 9 février 1638, étant originaux.

Quant au fait que Bochart aurait été protestant, il me suffit de dire que la Cardinal de Richelieu avait exigé en 1632 que ceux qui partaient pour la Nouvelle-France cette année-là, devaient tous être catholiques. Il est impensable que Bochart – qui n’avait que 25 ans et qui commençait sa carrière – ait menti au Cardinal et aux administrateurs de la Compagnie sur son orientation religieuse.

Pour en savoir plus long, on pourra lire mon étude qui s’intitule: Le Catalogue des Trépassés, le Sieur de la Violette et la fondation de Trois-Rivières. Elle est disponible sous forme de livre numérique au catalogue de Bibliothèque et Archives Nationales du Québec (BANQ) et sur le site Google Livres. Tirez-en une copie, c’est gratuit.

Guy Héroux

Trois-Rivières