L’aventure des transports en commun à Trois-Rivières...

OPINIONS / Cela s’est passé début février. Étant propriétaire d’un VUS et usager fréquent de la route, j’ai eu l’idée de faire acte de conscience et de choisir, pour une fois, les transports en commun. D’autant plus que le cocktail météo s’annonçait hasardeux, je voyais dans l’idée un coup de génie. Ma copine et moi avons donc quitté la maison en taxi pour le terminus Orléans Express, en laissant le VUS à la maison. L’aller s’est passé comme du beurre dans la poêle… Détente à bord et exempté du stress de trouver un stationnement dans la métropole. Nous passons donc un adorable week-end sans souci. Au retour, tout continue de bien couler, avec en prime le chauffeur d’Orléans Express qui offre même aux passagers qui le souhaitent de leur appeler un taxi. Le retour se déroule très bien jusqu’à Trois‐Rivières.

En arrivant à la gare, l’aventure commence, c’est dimanche, il est 23 h. À ma surprise, aucun taxi n’est disponible… et cela semble être tout à fait normal pour les usagers réguliers. Après quelques appels à la patiente répartitrice de Taxi Coop, il est 0 h 45 lorsque celle‐ci finit par m’avouer que le temps d’attente est toujours de plus d’une heure. On sait que la STTR n’offre plus de service depuis 19 h. En cette nuit de dimanche glacial, le centre‐ville nous est offert dans son austérité la plus complète, sans aucune porte de sortie, sinon que d’appeler un proche ou d’attendre jusqu’à la chance de peut‐être avoir accès à un taxi. Heureusement, nous avons des proches généreux et disponibles, et nous avons pu rejoindre le nid familial avant 1 h 30 du matin (!). J’ai peine à imaginer quelle aurait été ma réaction à cet accueil surprenant si je n’avais eu personne, par exemple si je venais à Trois‐Rivières comme touriste ou pour le travail.

Cette aventure m’a ouvert les yeux sur plusieurs réalités. D’abord, à Trois-Rivières, tout le monde se fout des usagers des transports en commun. Orléans Express et la STTR existent parce que c’est théoriquement obligatoire qu’elles existent.

Deuxièmement, le développement du transport en commun nécessite que tous les maillons de la chaîne soient unis, pour assurer la continuité jusqu’à destination. On parle d’un train grande fréquence, merveilleux. Mais, si c’est pour rester les deux pieds sur le quai à l’arrivée, je vous signale que le quartier de la gare n’est pas moins austère que le centre‐ville.

Troisièmement, les stratégies de développement sont présentement basées sur la nécessité d’offrir un service minimum à l’usager actuel, qui n’a souvent pas le choix. Il n’y a rien pour séduire l’usager potentiel. Il y a un arrêt de la STTR à quelques pas de chez moi et je ne prends pas le bus strictement et uniquement parce c’est trop long. Peu importe la destination, c’est trop long. Quand un aller‐retour au centre‐ville devient pratiquement le projet d’une journée, c’est la productivité qui en prend un coup.

À mon sens, il faut plonger en profondeur dans une refonte des circuits, créer des circuits express sur les grands axes et des navettes dans les quartiers, quitte à réduire les dimensions des véhicules.

Consultons les usagers actuels et aussi potentiels, intégrons le projet aux autres «visions», soyons imaginatifs.

Pour une ville qui veut attirer les jeunes professionnels, dont certains se passent très bien de permis de conduire, il y a loin de la coupe aux lèvres. Ce n’est pas tout d’être TRès cool, multimédia ou interactif.

Pour les faire venir, encore faut‐il qu’on les transporte.

Simon Boudreau

Trois-Rivières