Le mouvement d’opposition au projet d’exploitation des sables bitumineux Teck Frontier s’intensifie à travers le pays. Les auteurs de cette lettre demandent au gouvernement fédéral et à son représentant dans la région, le ministre François-Philippe Champagne, de bloquer l’approbation de ce projet.

L’avenir que nous voulons n’est pas fait de sables bitumineux

OPINIONS / La session parlementaire à Ottawa vient tout juste de débuter. Nos nouveaux élus ont reçu leur formation et devraient être maintenant prêts à assumer leurs responsabilités: gouverner le pays, assurer la sécurité et le bien-être de ses citoyens dans une vision à long terme.

En ce début d’année, marqué par le commencement d’une nouvelle décennie charnière, nous avons l’impression que l’alarme de la crise environnementale retentit partout sur la planète. Des feux dévastateurs en Australie, aux précipitations de neige paralysantes à Terre-Neuve, en passant par les inondations meurtrières en Indonésie et à Madagascar, la nature se déchaîne après tant d’années où nous avons ignoré les scientifiques nous dire qu’il fallait réduire notre production et notre consommation d’énergies fossiles. Nous subissons actuellement un avant-goût de l’apocalypse qui nous attend si nous poursuivons notre consommation effrénée des ressources naturelles de la Terre.

Nous n’attendrons pas quatre ans pour voir ce que le gouvernement fédéral aura mis en place

Nous, citoyens et citoyennes, exigeons que nos députés prennent action immédiatement et de manière ambitieuse pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Chaque vote sur un projet de loi a une incidence sur notre avenir collectif. Nos députés ont la responsabilité et le devoir moral de prendre en considération les effets sur le climat avant de prendre une décision.

Justement, d’ici la fin de février, le gouvernement de Justin Trudeau rendra une importante décision: approuver ou refuser le projet Teck Frontier, LA plus grande mine à ciel ouvert de sables bitumineux jamais exploitée au Canada (il y a déjà 150 mines!). En superficie, c’est l’équivalent de deux fois la taille de la ville de Vancouver! Teck Frontier c’est l’exploitation de 260 000 barils de pétrole par jour (c’est-à-dire 40 millions de litres), la destruction de 14 000 hectares de milieux humides (45 % de sa superficie), la perte irréversible de forêts anciennes dont certains arbres ont de près de 100 ans, la violation des droits ancestraux des Premières Nations, et la garantie que nous serons enfermés dans l’exploitation des sables bitumineux pour un autre 40 ans, avec tous les gaz à effet de serre qui l’accompagnent (6 millions de tonnes de CO₂ chaque année).

La commission d’examen qui a évalué le projet a conclu que la mine aurait des impacts «irréversibles» sur l’environnement et des effets néfastes importants sur les peuples autochtones, mais a néanmoins recommandé que la mine soit approuvée dans l’intérêt public, pour des raisons économiques...

Comment peut-on encore penser en termes de rentabilité économique des énergies fossiles alors que les géants financiers commencent à désinvestir des énergies fossiles, que les catastrophes naturelles coûtent de plus en plus cher aux contribuables (estimé à 100 milliards $ pour les feux de forêt en Australie), que le Canada doit subventionner les pétrolières et acheter un pipeline à 4 milliards $ parce que personne n’en veut?

C’est le test de vérité du gouvernement Trudeau, mais aussi de chacun de nos députés. De quel côté de l’histoire choisiront-ils d’aller: du côté des lobbyistes, pétrolières, gazières ou celui de la sécurité et du bien-être des Canadiens et Canadiennes?

Nous ne sommes plus à l’étape d’argumenter sur les changements climatiques. Nous en vivons déjà les conséquences! Certes il nous faudra nous adapter à cette nouvelle réalité, mais d’ici là, il nous faut dès maintenant arrêter de jeter de l’huile sur le feu!

Monsieur François-Philippe Champagne, député de Saint-Maurice–Champlain, nous comptons sur vous pour bloquer l’approbation de la mine Teck Frontier.

Lionel Thiebault

Isabelle d’Arras

Shawinigan